Label EPV

Renaud Dutreil Président de Mirabaud Private Equity

Publication : N° 9 décembre 2018

« 150 millions d'euros mobilisés pour ces entreprises »

POURQUOI AVOIR CRÉÉ UN FONDS DÉDIÉ AUX ENTREPRISES DU PATRIMOINE VIVANT ?

Renaud Dutreil : Pour soutenir les savoir-faire d’excellence, en particulier dans l’équipement de la personne. En tant qu’ancien président de LVMH en Amérique du Nord, j’ai vu la puissance de ce secteur. C’est celui qui porte le mieux l’art de vivre à la française, un équilibre entre style, fonctionnalité, culture et bien-être, un secteur apprécié dans le monde entier. Notre volonté est d’accompagner ces PME détentrices de savoir-faire manufacturiers remarquables. Un fonds de 150 millions d’euros a été constitué pour investir dans une dizaine d’entreprises.

Renaud Dutreil
Président de Mirabaud Private Equity
Paris, 75
LA MANUFACTURE CHARENTAISE
Passionné de longue date des savoir-faire français, Renaud Dutreil a, avec sa société Châteaubriant Investissement, repris 4 entreprises du secteur de la charentaise avec des partenaires locaux. Ils ont créé cet automne un pôle d’articles chaussants réunissant les 4 structures sous la holding La Manufacture Charentaise.

DE QUOI CES ENTREPRISES SONT-ELLES DEMANDEUSES AUJOURD'HUI ?
RD : Franchir le pas de l’international, réinventer un modèle économique sont des nécessités pour les entreprises du patrimoine vivant, en raison notamment de la faiblesse de la demande domestique pour les biens d’exception. Elles ont donc besoin d’un actionnaire actif, socialement responsable, capable de les comprendre et les aider, afin de réussir leur expansion tout en renforçant leur identité. Nous actionnons les « cinq doigts de la main » : le capital, le marketing, le management, la distribution et l’innovation produit.

QUE PENSEZ-VOUS DU LABEL EPV 13 ANS APRÈS L'AVOIR CRÉÉ ?
RD : À l’époque, les entreprises connaissaient des succès contrastés, l’idée avec ce label était de les réunir, TPE comme grandes entreprises, sous la bannière de l’excellence qui comprend les indissociables dimensions technique et culturelle. Je dirais que c’est une réussite économique, mais pas encore médiatique. C’est un bel exemple de partenariat public-privé et une voie à poursuivre ; il faudrait que ce label devienne une marque reconnue par les acheteurs puis par le consommateur final. L’État a tout intérêt à ce que les entreprises exportent.  

DANS QUELLE MESURE CE LABEL EST UN ATOUT POUR L'ÉCONOMIE FRANÇAISE ET POUR ATTIRER LA JEUNE GÉNÉRATION ?
RD : Il est très bénéfique pour l’économie française et, plus largement, pour le rayonnement et l’image de la France. Les EPV portent notre identité avec une valeur immatérielle et intemporelle. On a hâtivement dit que le secteur manufacturier français était condamné face aux pays à faibles coûts de main-d’œuvre, mais il a démontré qu’il est possible d’être compétitif en allant vers l’extrême qualité et en convainquant le consommateur de la valeur de ces biens. Le consommateur moderne a besoin de biens fonctionnels, mais aussi de produits liés au plaisir, à la satisfaction, à l’émotion, à la séduction. C’est le « soft power » français, autrement dit un savant mélange de culture et de qualité qui s’est imposé dans le monde entier. Ce secteur offre de belles carrières pour qui a le goût de l’artisanat qualifié, de la créativité, des réalisations techniques et technologiques. 

Lire le dossier Le label Entreprise du patrimoine vivant facilite-t-il le business ?