INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

QUEL AVANTAGE POUR MA PME ?

Publication : N° 11 septembre 2019

Il devient de plus en plus évident qu’il s’agit de la plus grande révolution technologique de l’histoire. Parce qu’elle peut augmenter le savoir-faire naturel des humains, repousser les limites de l’automatisation et diffuser l’innovation dans toute la société. L’intelligence artificielle est un facteur de production complètement inédit, qui a tout ce qu’il faut pour doper la croissance.

Dans un futur très proche, grâce à l’Intelligence artificielle (IA), le quotidien va changer. Jessica, amatrice de course à pied, actionnera le thermostat de sa maison depuis sa montre durant son footing pour ajuster la température intérieure. Après sa journée de travail, elle communiquera avec sa maison pour tamiser les lumières, enregistrer le programme TV du soir ou lancer une musique d’ambiance. Paul indiquera à son frigidaire d’organiser le ravitaillement avec des aliments adaptés à son état physique. Un technicien interviendra chez lui préventivement afin de vérifier l’état de sa machine à laver le linge car celle-ci aura atteint le chiffre fatidique des 1 200 utilisations. Son médecin le contactera car il aura observé, via un capteur, une hausse de sa tension artérielle depuis une semaine. La terminologie d’IA est apparue en 1956. Elle désigne une science dont le but est de déléguer à une machine des tâches que l’homme accomplit en utilisant son cerveau. Dans l’industrie, aussi, ses applications sont multiples : optimiser un flux logistique, contrôler la qualité d’une chaîne de production, prévenir une panne, utiliser la reconnaissance visuelle, fixer un prix en fonction de la météo, anticiper les besoins des clients… Un récent rapport de la Direction générale des entreprises (DGE) indique que les acteurs privés et publics français ont multiplié par dix leurs investissements au cours des cinq dernières années afin de maîtriser cette technologie stratégique, porteuse de promesses. Les cinq secteurs les plus concernés sont la santé, l’industrie manufacturière, dont l’automobile, les transports, les services d’utilité publique et l’environnement. Suivent l’agriculture, le juridique, la sécurité des biens et des personnes, le commerce de détail, l’éducation… Bref, tout le monde !

Une omniprésence qui pousse à l’action. Le Gouvernement vient de présenter le volet économique de sa stratégie nationale en intelligence artificielle. Avec 1,5 milliard d’euros dédiés jusqu’en 2022, il veut muscler les investissements dans les startups, soutenir davantage les plus prometteuses et attirer des investissements étrangers. Bpifrance a ainsi recensé 552 sociétés françaises ayant levé plus de 2 millions d’euros et offrant des solutions d’IA. À travers des Challenges dotés de 5 millions d’euros, le gouvernement entend également pousser les grands groupes à entraîner des PME dans le mouvement. « L’IA ne se limite pas au véhicule autonome, au traitement massif de données ou aux démonstrations futuristes de robots autonomes, a précisé Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances. Elle peut améliorer les performances opérationnelles, le suivi logistique ou la gestion de la qualité de toutes les PME »

Darcy Boungou Tsoumou,
fondateur de Di Analyse Signal
Roanne, 42

FONDATEUR DE LA STARTUP ROANNAISE DI ANALYSE SIGNAL,

lauréate du Prix des innovateurs 2019 organisé par Arcelor- Mittal et développeuse de Lesly, une IA de maintenance prévisionnelle et de suivi de performance des équipements industriels, Darcy Boungou Tsoumou connaît parfaitement le sujet. Pour lui, les freins à la diffusion de l’IA dans les PME sont surtout culturels. « Beaucoup des entreprises que nous rencontrons craignent de perdre leur temps et leur argent en nous recevant, dit-il. Il y a cinq ans, personne ne parlait d’intelligence artificielle et tout d’un coup, cela devient un enjeu national. Cela génère une certaine méfiance ; d’autant que dans l’industrie, les promesses formulées et les technologies n’ont pas toujours été au rendez-vous. Le big data et la reconnaissance faciale sont l’arbre qui cache la forêt ».
Une situation qui ne place pas la France parmi les leaders de l’usine du futur, mais l’entrepreneur reste optimiste. « Notre argumentaire est basé sur les retours sur investissement générés par notre IA de maintenance, poursuit- il. Nous démontrons qu’elle est efficace pour augmenter le taux de disponibilité des machines grâce à une meilleure planification des arrêts, qu’elle génère des économies sur les pièces de rechange en raison d’une politique des achats mieux ajustée et qu’elle agit sur la qualité du service ». Darcy Boungou Tsoumou est un fervent militant de la simplicité. Pour lui, l’IA se généralisera dans les PME si elle est simple à mettre en oeuvre et si les gains de productivité sont immédiats.
Mature sur sa technologie, il est actuellement en phase de lever de fonds afin d’accélérer son développement commercial. En France, mais aussi à l’international.

52 %
des entreprises françaises utilisent des solutions IA ou en ont le projet
63 %
des dirigeants pensent que l’IA aura un impact, pas forcément destructeur, sur l’emploi.
71 %
des entreprises pensent augmenter leur budget IA à court terme.

LA FORMATION EST UN AUTRE ENJEU MAJEUR

Car la réussite dans ce domaine passe par l’investissement dans les compétences : « Plus que l’argent, la bataille la plus essentielle est celle des talents, a indiqué Bruno Le Maire. Il faut former et disposer des compétences clés. Or aujourd’hui nous manquons de data scientists, d’ingénieurs, de développeurs, de chercheurs en IA ». De fait, les grandes écoles françaises sont en ébullition, à l’image d’emlyon qui vient de créer deux mastères spécialisés pour former des spécialistes en marketing et data, ainsi que des professionnels de l’intelligence artificielle en santé. « Les PME sont demandeuses de managers aux compétences hybrides, indique Margherita Pagani, directrice du centre de recherche Artificial intelligence in value creation. Des profils à la fois solides en business et parfaitement au point dans les data sciences ». Au sein de son Artificial intelligence in management institute, tout récemment lancé, emlyon veut aussi contribuer à la compréhension des opportunités et des impacts de l’intelligence artificielle sur les éléments sociaux économiques, organisationnels et business des entreprises. Il s’agit tout à la fois de préparer les étudiants à l’intégration de l’IA dans leur quotidien de futur décideur, d’informer le grand public néophyte sur la réalité des applications quotidiennes de l’IA, loin des fantasmes et discours alarmistes, et d’accompagner les dirigeants d’aujourd’hui, comme ceux de demain, dans leur approche de l’intelligence artificielle afin qu’ils en tirent le meilleur, et dans tous ses contours : travail, ressources humaines, gouvernance et même business modèle.

Margherita Pagani,
directrice du centre de recherche Artificial intelligence in value creation.
Lyon, 69

Grand témoin

AXEL KAHN
Scientifique, médecin-généticien et essayiste français

CCI : Etes-vous fasciné par la perspective de cette société où cohabiteront intelligence artificielle et intelligence humaine ?

Axel Kahn : On ne peut qu'être fasciné par un tel changement. C'est à dire à la fois épouvanté et émerveillé [...]

ÉCOLE IA
Microsolft a inauguré en juin son école d'intelligence artificielle à Lyon. Installée dans les locaux de l'incubateur H7 à la Confluence, une vingtaine de futurs développeurs apprend à créer des chatbots vocaux ou des systèmes de maintenance prédictive pour les entreprises.