« Le partage est surtout une forme d’optimisation des ressources »

Publication : N° 6 décembre 2017
Dima Younes
emlyon business school
Lyon, 69

Dima Younes est professeur de théorie des organisations à emlyon business School. Elle décrypte l’usage du partage dans les entreprises.

La sharing economy : tendance lourde ou effet de mode ?

Dima Younes : Selon les définitions, on peut considérer qu’il y a toujours eu du partage entre les entreprises. Mais il est vrai que la tendance s’est accentuée ces dernières années. Elle a pris de nouvelles formes : partage de plateformes technologiques, de salariés, de connaissances, de locaux. Il n’y a pas de règle à ce qu’on peut partager. Si on suit la logique financière, tout ce qui est sous-utilisé peut être loué.

Quelles sont les motivations des entrepreneurs qui « partagent » ?

DY : Pour comprendre cette tendance, il faut peut-être la revoir dans son contexte socio-économique. D’abord, il y a les politiques publiques, qui incitent largement à la coopération et au partage. C’est par exemple le cas des projets financés sur les pôles de compétitivité. Ensuite, il y a l’échelon académique. Les « open innovation », « cluster », « réseaux »… sont tous des concepts qui viennent de la littérature universitaire. Et même si les auteurs de ces études s’appuient sur des cas réels pour avancer leur argument, ils contribuent à la propagation d’un modèle qui existait, mais qui n’était pas forcément considéré comme meilleur que les autres. Enfin – et à mon avis, c’est ce qui contribue le plus au succès de cette idée de partage – il y a la contrainte budgétaire, en croissance forte dans les entreprises. Les services Finance sont très professionnalisés aujourd’hui et ont un poids croissant. Quant aux actionnaires, ils cherchent de plus en plus à savoir si leur argent est utilisé de façon optimale. Or le partage est une forme d’optimisation des ressources dans une économie où les contraintes budgétaires sont importantes.

Quels sont les freins principaux ?

DY : Lorsque vous partagez, vous ne contrôlez pas entièrement ce que vous partagez. En d’autres termes, si vous collaborez sur un projet de recherche, il va falloir négocier la distribution de la propriété intellectuelle. Si vous partagez un salarié, il va falloir gérer vos secrets d’entreprise, mais aussi trouver une solution qui vous permet d’avoir recours à ce salarié en urgence ou dans des situations imprévues. Bref, le rôle des juristes est fondamental.
Comme pour toutes les formes d’organisation, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. Partager peut être une nécessité budgétaire, une forme d’ouverture vers des entreprises avec qui il serait intéressant de maintenir une conversation, ou un affichage de modernité. Mais il faut bien réfléchir à ce qui peut se partager et à ce qui doit rester en interne, en prenant en compte les urgences, les informations à protéger et le maintien de son indépendance. 

2,3 millions
Le nombre d’actifs cumulant plusieurs emplois ou missions ponctuelles ou récurrentes.

600 000
personnes exercent au moins deux emplois à temps partiel distincts.
Source : Syndicat national des groupements d’employeurs, 2015

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