Aides européennes pour les PME

Massimo Colombo Professeur à l’école polytechnique de Milan

Publication : N° 10 avril 2019

"Les PME aidées sont plus compétitives"

OU EN EST LA RELATION ENTRE L’EUROPE ET LES PME ?
Massimo Colombo : Je dirais qu’elle s’articule en deux parties. D’un côté, la face lumineuse représentée par les fonds importants alloués aux PME, qui constituent une priorité pour l’Europe, bien consciente de la richesse qu’elles représentent. Et de l’autre, le versant obscur du fait de la grande complexité de ces aides. Ne serait-ce que pour les identifier, les comprendre puis effectuer les démarches et procédures pour monter un dossier qui a des chances d’être retenu ; sachant que le taux de succès est environ de 10 %. Il y a eu des simplifications, mais ce n’est pas suffisant.

UNE ETUDE* REALISEE AVEC L’EMLYON REVELE QUE LES PME AYANT BENEFICIE DE FONDS EUROPEENS SONT PLUS PERFORMANTES…
MC : La Commission européenne a instauré un programme historique à la fin des années 1990 sous forme de prêts garantis accordés par les banques. Nous avons analysé les données de 57 000 PME françaises qui ont ainsi touché 4,65 milliards d’euros entre 2002 et 2016 en les comparant à des entreprises similaires qui n’ont pas bénéficié de ces aides. Il s’avère que ces fonds permettent de faire des investissements, puis on constate une augmentation des effectifs, des ventes... Surtout, 10 ans après, elles affichent un taux de croissance du chiffre d’affaires supérieur de 7 % par rapport à leurs équivalentes et une baisse significative de leur probabilité de sortie du marché. Il apparaît aussi que les pays dans lesquels les banques ont davantage osé, comme le Benelux, les résultats sont les plus probants. La France se situe dans la moyenne.

QUELS CONSEILS DONNEZ-VOUS AUX ENTREPRISES QUI SOUHAITENT BENEFICIER DE FONDS EUROPEENS ?
MC : Faites-vous accompagner et aider par les institutions, les associations industrielles, les universités ou les établissements supérieurs. Par exemple, l’école polytechnique de Milan dispose d’une fondation qui s’occupe de monter les dossiers européens. Une PME seule n’a pas le temps ou les moyens de s’investir dans ce parcours ardu. Il faut se demander : quelles compétences spécifiques peuvent être valorisées et soutenues puis choisir le bon partenaire pour se lancer. La commission organise également des événements de réseaux. Bien sûr, cela nécessite de se rendre à Bruxelles muni d’une solide présentation de son entreprise et de ses objectifs afin de faire des rencontres opportunes. Par ailleurs, je pense que l’argent dépensé pour monter une structure d’accompagnement pour les PME est un bon investissement. Car l’amélioration de la compétitivité des entreprises se répercute sur l’économie du pays.

* The effects of EU-funded guarantee instruments of the performance of small and medium enterprises - Evidence from France.

Massimo Colombo
Professeur d’économie de l’innovation, d’entrepreneuriat et de finance entrepreneuriale à l’école de management de l’école polytechnique de Milan
BIBLIO
Massimo Colombo a publié de nombreux livres dans les domaines de l’économie de l’innovation et de la finance alternative. L’une de ses dernières publications, parue dans Research Policy, porte sur le rôle du capital-risque dans la croissance des jeunes entreprises européennes du secteur des nouvelles technologies. Il s’agit de la première étude sur ce sujet.