LES ENTREPRISES SURFENT SUR LA VAGUE VERTE

Publication : N° 16 Avril 2021

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter, le taux d’extinction des espèces atteint un niveau sans précédent et une pression toujours plus forte est exercée sur les limites planétaires. En cause : nos modes de vie, de production et de consommation ! Rien de nouveau, sauf que la crise rebat les cartes. Pointant l’écologie comme le principal levier de la reprise, l’État a posé 30 milliards d’euros sur la table. L’enveloppe répond aux aspirations des entrepreneurs, emmenés par la dernière génération, et les incite à surfer sur la vague verte. État des lieux d’initiatives locales inspirantes.

À quoi sont destinés les 30 milliards d’euros du volet vert du plan de relance de l’État ? À peu près tout ! Le développement des mobilités, la recherche et l’innovation dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments, la promotion de l’économie circulaire et des circuits courts, la lutte contre l’artificialisation des sols, l’eau ou encore la biodiversité. Sept milliards d’euros sont fléchés en faveur de l’hydrogène vert, dont deux milliards dès cette année et la prochaine. Pour créer l’avion propre de demain, plus d’un milliard est mobilisé, avec un appel à manifestation d’intérêt au profit de la filière des biocarburants. Près de sept milliards d’euros sont dédiés à la rénovation des logements ou à l’efficacité énergétique des bâtiments des PME et TPE.

CREDIT D’IMPOT
Pour tous travaux d’isolation thermique, d’équipements de chauffage, de refroidissement ou de ventilation des locaux à usage tertiaire (bureaux, commerces, entrepôts), un crédit d’impôt est octroyé jusqu’en décembre 2021. Il s’élève à 30 % des dépenses éligibles, dans la limite de 25 000 euros par entreprise. Contact : Jean Evin / 04 72 40 57 53

En toile de fond, deux objectifs majeurs : décarboner le pays en réduisant de 40 % les émissions de CO2 d’ici 2030 (par rapport à 1990) et soutenir un marché dont on sait qu’il n’atteint pas encore son plein potentiel. Dans un récent état des lieux, l’Ademe indiquait que l’activité globale des filières de la transition énergétique et écologique a plus que doublé entre 2006 et 2017, avec une prime aux secteurs des transports, de la rénovation des bâtiments et des énergies renouvelables. Mais si la transition verte fait l’objet de multiples scénarios, du niveau mondial jusqu’à l’échelle territoriale, elle peine encore à embarquer les citoyens et les entreprises. Pour contenir l’élévation de la température moyenne de la planète, elle doit quitter la sphère scientifique ; charge à chacun de comprendre pourquoi il agit et d’identifier les chemins vers ce monde où tout changera : les modes de vie, l’habitat, la façon de se chauffer, celles de se déplacer ou de travailler. Et ce, le temps d’une génération ! Dans ce contexte, les jeunes entrepreneurs sont d’indéniables premiers de cordée. Pour manger mieux, consommer intelligent, préserver les ressources naturelles, dépolluer, ils déploient des trésors d’imagination et d’invention.

30 MD €
L’enveloppe consacrée par l’État en faveur de la transition écologique dans son plan de relance.
13 %
des dirigeants déclarent pouvoir réduire « de manière importante » leurs émissions carbone dans les 5 ans.
“« L’écologie a longtemps été le parent pauvre du budget de l’État. Avec un plan de relance à 30 milliards d’euros, cette ère est révolue. » ”
Barbara Pompili
ministre de la Transition écologique

WECOUNT, REVCOO, IP3 CONCEPT, DELTALYS : CES STARTUPS QUI SECOUENT LE BUSINESS VERT

FONDATEUR DE WECOUNT, installé dans le bouillonnant H7 de la Confluence lyonnaise, Antonin Guy est à l’origine d’une initiative inédite : réunir des entreprises de secteurs différents au sein d’un programme intensif de trois mois visant à réduire leur empreinte CO2.

Antonin Guy
fondateur de WeCount
69

Des mastodontes comme Apicil, Bayer France ou Adecco ont signé, ainsi que des structures plus petites telles que le Ninkasi ou l’École normale supérieure. « Nous sommes fiers de cette première promotion qui a démarré en mars, indique le dirigeant. Sa diversité prouve que la lutte contre le changement climatique devient l’affaire de tous. D’autres sessions sont prévues, avec un objectif de 100 entreprises formées cette année ». WeCount a développé un logiciel permettant aux entreprises de cartographier leurs activités émettrices de CO2, de calculer leur empreinte puis de construire un plan d’action. « Tous les patrons vous diront qu’ils ont conscience de l’urgence climatique, poursuit-il, mais à peine 1 % d’entre eux savent comment réduire leurs émissions. Demain, le cadre légal va devenir bien plus contraignant, mais sans attendre, l’écologie est un fort levier RH et de business. Elle permet aussi de lever des fonds pour se développer ».

COCORICO !
Selon le Centre d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de gaz à effet de serre de la France, en 2019, s’élèvent à 437 millions de tonnes de CO2, soit une baisse de 1,7 % par rapport à 2018. Cela représente une diminution de 19,7 % par rapport à 1990 et de 20,7 % par rapport au niveau de 2005. Le Plan climat fixe pour cap la neutralité carbone dès 2050 pour le territoire français, soit une division par 6 au moins des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 ; un objectif désormais inscrit dans la loi. L’atteinte d’une neutralité carbone est, selon les derniers travaux du GIEC, indispensable au niveau mondial pour contenir le réchauffement climatique à 1,5°C.

CHEZ REVCOO, l’approche réglementaire est effectivement stratégique. Les deux fondateurs de cette start-up capturent le CO2 directement en sortie des cheminées des industriels, par cryogénie. Celui-ci est ensuite retransformé en liquide, stocké en bouteille et revendu en circuit court aux marchés agroalimentaire, pharmaceutique ou agricole. Un prototype est actuellement testé par Eiffage, dimensionné pour capter 2 tonnes de CO2 par jour, puis prochainement 20 tonnes et enfin 50 tonnes. « Les entreprises industrielles paient de lourdes taxes carbone, indique Hugo Lucas, l’un des deux associés.

Paul Taton et Hugo Lucas
cofondateurs de Revcoo
69

Aux alentours de 2030, un seuil d’émission est même envisagé, d’où l’intérêt de notre technologie. Au-delà, il est important pour nous de placer nos compétences au service de l’environnement. Cette activité est en phase avec nos convictions et les valeurs que nous voulons partager ». Revcoo rêve d’équiper quelque 120 sites industriels régionaux et d’exporter rapidement son savoir-faire. Bénéficiaire d’une aide à l’embauche d’un alternant dans le cadre du plan de relance, elle finalise actuellement une levée de fonds de 70 000 euros et ambitionne de dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires dès l’an prochain. D’ici à 2025, elle évitera 300 000 tonnes de rejets dans l’atmosphère, ce qui n’est pas rien à l’échelle de la région.

PESER LOURD, c’est aussi une ambition clairement affichée par Nicolas Salah, le PDG d’IP3 Concept, entreprise qu’il a fondée en 2014 à Saint-Étienne et qui épingle à sa boutonnière un client comme AstraZeneca. Son idée est géniale : vendre aux plateformes logistiques des petites machines permettant de fabriquer en un clin d’œil des palettes en carton. Ces sortes de photocopieurs ont toutes les vertus : simples d’utilisation, ils réduisent l’empreinte carbone des transports en raison du faible poids des palettes, ainsi que les coûts de stockage. « Nos plus gros clients économisent jusquà 2 600 tonnes de CO2 par an, assure le dirigeant. Nous avons déposé 2 brevets dans 90 pays, ce qui coûte très cher, mais garantit notre développement en France et à l’international ». Confiant dans la reprise de l’activité, Nicolas Salah pointe un chiffre d’affaires de l’ordre de 18 millions d’euros dans 5 ans, dont 70 % réalisés à l’export. Lui aussi boucle une levée de fonds et annonce plusieurs embauches à court terme.

Nicolas Salah
PDG d’IP3 Concept
42
SAVE THE DATE
Le salon Pollutec, événement de référence des professionnels de l’environnement et vitrine des solutions environnementales proposées à l’industrie, se tient à Lyon Eurexpo du 12 au 15 oc-tobre prochains.Plus de 2 000 exposants en provenance de 130 pays et 400 conférences sont annoncés.
pollutec.com
DECARBONATION
L’Agence de services et de paiement (ASP) de l’Etat soutient, selon la taille des entreprises, entre 10 % et 50 % du coût des investissements dans des projets d’amélioration de l’efficacité énergétique des procédés industriels et de décarbonation de plus de 3 millions d’euros
asp-public.fr

PERSUADE QUE LES GAZ DE BIOMASSE sont une voie d’avenir, Charly Germain se consacre, pour sa part, exclusivement à ces composés. L’entreprise Deltalys, qu’il dirige depuis 2014, développe des solutions pour améliorer la rentabilité et le bilan environnemental de ses clients, en majorité des producteurs et exploitants d’unités de valorisation de gaz renouvelables. « Nous vendons un service de filtration clé en main, dit-il. Le marché est très actif car le gaz renouvelable est aujourd’hui un produit désirable et vertueux. Depuis 2018, nous doublons notre activité tous les ans, mais nous restons soumis aux volontés politiques et aux arbitrages opérés. Pour moi, il est fondamental de ne pas opposer les filières. L’hydrogène est fortement poussé en ce moment ; le biogaz est créateur d’emplois et renforce la chaîne de valeur au niveau local. Chacune de ces énergies doit trouver sa place ; c’est ainsi que nous répondrons aux défis posés par le réchauffement climatique ».

Charly Germain
dirigeant de Deltalys
69
DIAG ECO-FLUX
Ce dispositif de l’Ademe liste des actions simples à mettre en œuvre dans les entreprises de 20 à 250 salariés pour réaliser rapidement des économies d’énergie, d’eau, de matières et réduire son impact environnemental. Contact : Patrick Pichon / 04 77 43 04 88
diagecoflux.bpifrance.fr

CETIH ET CHEZ JULES DEUX ENTREPRISES ECO FRIENDLY

D’AUTRES, DANS DES SECTEURS PLUS TRADITIONNELS, décident d’agir à la racine de leur activité. Le greenwashing des années 2000 étant passé par là, ils savent que des engagements tangibles sont requis. Bilan carbone des déplacements, cycles et matériaux de production, approvisionnement énergétique : tout est analysé ! L’enjeu est de taille – tant du point de vue de la marque employeur que de la conquête commerciale – mais pas forcément simple à relever. Ils choisissent donc d’investir, souvent poussés par leurs collaborateurs.

Cyrielle Daumur et Félicien Delzeux
respectivement, membre du comité Le Bon Jules et fondateur des boulangeries Chez Jules
69

« Il y a trois ans, confie Félicien Delzeux, fondateur avec son frère des boulangeries Chez Jules, un réseau de 6 magasins à Lyon et de 100 salariés, nous avons lancé notre comité Le Bon Jules, dont l’enjeu est d’étudier comment gérer nos déchets, diminuer nos consommations d’énergie et les emballages. Nos jeunes collaborateurs ont une conscience écologique très prononcée et souhaitent des actions concrètes ». Depuis, les preuves fusent : les biodéchets sont valorisés en gaz, les emballages sont tous recyclables, les voitures roulent à l’électricité, une charte gère les relations avec les fournisseurs, les farines utilisées sont bio et locales, les invendus sont repris par Too Good To Go, les écorces d’orange deviennent de la marmelade… Chez Jules participe au Défi

Anti-gaspi des CCI Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Ademe et a bénéficié de diagnostics énergie et flux réalisés par des conseillers de la CCI. « Une telle politique génère des coûts supplémentaires, poursuit l’entrepreneur, mais nos clients sont sensibles à nos efforts et en interne, nous constatons une saine et belle émulation ».

POSTURE TOUT AUSSI VOLONTARISTE et même militante dans les rangs de Cetih, en région roannaise, où l’on fabrique des portes en acier. Ce groupe de 1 300 personnes (200 à Roanne) va bientôt adopter le statut de « société à mission » introduit par la loi Pacte afin d’afficher noir sur blanc ses objectifs sociaux et environnementaux. « Nous incarnons depuis longtemps un modèle de performance économique durable, avec des produits plus respectueux de l’environnement, plus robustes, plus isolants, qui utilisent moins de produits chimiques, précise Gaultier Candela, le directeur du site de Roanne. Certains arbitrages, sur le choix des matières premières, la fabrication, le transport, l’isolation thermique, le recyclage en fin de vie, sont parfois difficiles. Mais ils modifient en profondeur notre façon de produire et nous font progresser ».

Gaultier Candela et Clémence Lafarge
respectivement, directeur du site Cetih de Roanne et animatrice environnement
42

D’importants travaux ont été réalisés récemment dans un atelier de 12 000 mètres carrés afin d’en améliorer l’impact énergétique : « Nous récupérons par exemple la chaleur de nos compresseurs pour chauffer le bâtiment et avons changé tous les éclairages au profit de Led ». Cetih a pour cela bénéficié du dispositif Investissez malin de Roannais agglomération, instruit par la CCI et Edel, consistant en une aide à la fois technique et financière.

““La CCI défendra les intérêts des entreprises dans l’instauration des règles, du périmètre et du calendrier de fonctionnement de la ZFE. Nous accompagnerons les dirigeants sur les changements à opérer afin de participer à l’effort national d’amélioration de la qualité de l’air.” ”
Luc Pelen
vice-président de la CCI Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne
ZFE SOUS HAUTE TENSION
En mars, la Métropole de Lyon a annoncé son intention de renforcer les dispositifs mis en place dans sa ZFE (Zone à faibles émissions), cette aire géographique où des restrictions s’appliquent pour lutter contre la pollution atmosphérique. Pour l’heure, une mesure est effectivement appliquée : l’interdiction dans le centre de la métropole des véhicules professionnels classés Crit’Air 3-4-5. À partir du 1er janvier 2022, le périmètre de la ZFE serait élargi aux communes de Pierre-Bénite et d’Écully, ainsi qu’aux axes M6/M7, les ex-A6 et A7, dans leur traversée de Lyon, ce qui obligerait les véhicules de transit à utiliser obligatoirement le contournement est de Lyon. Autres mesures emblématiques : exit tous les véhicules diesel en 2026 et les véhicules classés Crit’Air 4,3 et 2 des particuliers. Évidemment, les dents grincent dans les rangs des entreprises : une concertation publique a donc été sollicitée et des mesures d’accompagnement sont d’ores et déjà en réflexion, ainsi que des régimes dérogatoires.

DANS LE CADRE DU PLAN DE RELANCE, la CCI est en effet en première ligne pour informer les entreprises et les orienter vers les dispositifs répondant le mieux à leurs besoins. Outre ses programmes d’accompagnement spécifiques (sur les déchets, l’énergie, les mobilités, l’économie circulaire…), elle propose des prédiagnostics simples et gratuits sur les sources d’économie d’énergie potentielles. Elle promeut aussi le nouveau dispositif Tremplin pour la transition écologique des PME, dont l’Ademe est le bras armé. Il ouvre des aides dans tous les domaines, par exemple pour l’acquisition de véhicules électriques, l’investissement dans des équipements de réduction et de gestion des déchets, des travaux de rénovation des bâtiments, des audits énergétiques… Les aides vont de 5 000 à 200 000 euros.

CONTACT
Denis Chazallet / 04 77 43 04 22
www.lyon-metropole.cci.fr
www.agirpourlatransition.ademe.fr