PLAN DE RELANCE

L’ÉLECTROCHOC ÉCONOMIQUE POUR TOUTES LES PME

Publication : N° 15 décembre 2020

« Quoiqu’il en coûte », ces mots martelés au printemps par le président de la République ont été suivis d’actions via un plan de relance historique doté de 100 milliards d’euros. PME, TPE, commerçants, indépendants… chaque entreprise peut bénéficier des mesures destinées à créer un électrochoc économique. Témoignages d’entreprises qui ont saisi l’opportunité au bond.

Face au choc sans précédent de la crise sanitaire et économique, le gouvernement a déployé une batterie de mesures d’une ampleur historique. À situation exceptionnelle, un remède qui l’est tout autant ! Doté d’une enveloppe de 100 milliards d’euros, le plan France relance doit, non seulement permettre de protéger l’activité et l’emploi à court terme, mais aussi remettre le pays sur les rails pour les dix années à venir. Il mise pour une large partie sur la compétitivité et la relocalisation industrielles (35 milliards €). Des moyens financiers inédits qui s’articulent autour de 46 dispositifs couvrant 8 thématiques essentielles - financement, transition écologique, numérique, innovation, emploi, export, développement et attractivité - afin de soutenir les entreprises.

 

SOLIDARITÉ
Les demandes pour le fonds de solidarité destiné à compenser les pertes de chiffre d’affaires du mois d’octobre sont à adresser au plus tard le 31 décembre 2020 et pour celui de novembre, jusqu’au 31 janvier 2021. Cette aide concerne les entreprises de moins de 50 salariés.
impots.gouv.fr

Parmi les mesures phares : une baisse de l’impôt de production de 10 milliards d’euros en 2021 et 2022, un renforcement du soutien aux fonds propres à hauteur de 3 milliards, une prime de 5 000 euros pour le recrutement d’un alternant mineur, une aide à la relocalisation des activités dans les secteurs du numérique, de la santé et de l’électronique d’un montant d’un milliard et, bien sûr, le Prêt garanti par l’État (PGE). À ce jour, près de 600 000 PME l’ont souscrit, pour un montant total de 123 milliards d’euros. Et l’exécutif a prolongé jusqu’au 30 juin 2021 la période pour le contracter.

Au-delà des chiffres, il y a la réalité concrète du terrain, la vie de tous les jours des chefs d’entreprise. Comment ces milliards sont-ils alloués ? Comment les PME-TPE peuvent-elles en profiter ? À la demande de l’État, la CCI sert de boussole aux dirigeants. Forte de son maillage du territoire et de sa bonne connaissance du tissu économique, elle s’est mobilisée comme rarement. D’abord en lançant la plateforme Care (lire en page 9) puis en assurant une campagne d’appels en direction des entreprises industrielles, de 6 à 250 salariés. Dans le Rhône et la Loire, une quarantaine de conseillers ont informé plus de 1 600 dirigeants sur l’ensemble des aides à leur disposition. Durant une trentaine de minutes, différentes questions ont été abordées afin de connaître les besoins et d’orienter vers les bons interlocuteurs. Les thématiques des ressources humaines, du développement commercial, des financements et de l’export sont régulièrement revenues dans les discussions.

600
Le nombre de chefs d’entreprise en contact chaque jour avec l’un des 150 conseillers de la CCI pour obtenir des informations sur les mesures d’aides et identifier les solutions adaptées et les bons interlocuteurs.
92000 €
Le coût pour la Métropole de Lyon de la prise en charge des loyers des professionnels touchés par une fermeture administrative en novembre. Au printemps, cette mesure a bénéficié à 390 locataires, dont 231 entreprises.

Autres acteurs essentiels de l’économie : les commerçants. Ces derniers, fortement impactés par les fermetures administratives liées aux confinements successifs, vivent une situation dramatique. Là encore, la CCI a musclé son plan d’action. Jusqu’à la fin de l’année, plus de 1 200 gérants de point de vente seront informés par téléphone sur les aides existantes, comme le PGE, la prise en charge des loyers de novembre par la Métropole de Lyon, le fonds de solidarité de l’État allant jusqu’à 10 000 euros ou encore l’enveloppe de la Région de 1 500 euros pour créer un site de e-commerce. Car la transition numérique représente aujourd’hui un levier incontournable, une issue de secours. Des conseillers CCI pilotent à distance ou en présentiel le déploiement de solutions de click & collect et de vente en ligne. Au-delà de la digitalisation, le programme Top compétitivité offre un accompagnement à 360°, balayant aussi bien la trésorerie ou le financement que le marketing.

Au travers de ses différentes campagnes d’appels, la CCI a ouvert les yeux des chefs d’entreprise sur les opportunités offertes par le Plan de relance. Une impulsion a été donnée à des projets fragilisés par le contexte, reportés voire abandonnés, en orientant vers les dispositifs adaptés.

Témoignages.

“Les commerces de proximité ont été durement touchés par le second confinement : 92 % d’entre eux ont souscrit une aide d’urgence. Ils restent sous perfusion. Plus que jamais, nous les soutenons et les aidons à passer ce cap très difficile. ”
Marc Degrange
vice-président de la CCI en charge du commerce

LA RELANCE PAR L’EXPORT

« La CCI a débloqué la situation en nous proposant une solution pour réinvestir les salons à l’étranger, redynamiser notre export et mettre un pied sur le marché européen de l’hydrogène avec l’ambition de devenir, à horizon 2025, le leader du banc de test sur cette cible, indique Guy Crépet, le PDG de Dam Group. Nous bénéficions d’un chèque relance export destiné à faciliter notre intégration au pavillon France du salon professionnel Hydrogen Fuel Cells, organisé des 12 au 16 avril prochains à Hanovre en Allemagne ». Le dispositif, mis en en place par la Team France export (Région Auvergne-Rhône-Alpes, Business France, Bpifrance et CCI) finance 50 % des prestations nécessaires à cette participation, jusqu’à 2 500 euros. « Notre présence à Hydrogen Fuel Cells s’avère stratégique et essentielle pour rencontrer les acteurs du marché, nouer des contacts et mettre en avant nos produits, ajoute le dirigeant. La CCI nous a orientés vers les bons interlocuteurs et aidés dans la constitution du dossier ». Séduit par la facilité de la démarche, le groupe villeurbannais a renouvelé l’expérience dans la foulée, car chaque PME est éligible à deux chèques relance export au maximum. Cette fois-ci, le cap a été mis sur les États-Unis pour dix jours d’immersion en novembre auprès des acteurs du secteur des véhicules électriques et à hydrogène, des batteries et des infrastructures de recharge.

Guy Crépet
pdg de Dam Group
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LA RELANCE PAR LA RELOCALISATION

Du côté d’un autre fournisseur du secteur automobile, la crise n’a pas ralenti les projets. En 2005, l’équipementier Loire Etude a implanté, à Brasov en Roumanie, une unité de production à la demande de Renault et de PSA, ses principaux clients de l’époque désireux de faire baisser les coûts horaires. Quinze ans plus tard, la décision est prise de fermer le site et de rapatrier l’activité à Saint-Chamond. « Le parc de machines devenu vieillissant et le manque de main-d’œuvre qualifiée nous a poussés à prendre cette décision, explique Maxence Garson, directeur général.

En plus, nous investissions dans la modernisation de notre centre d’usinage avec l’intégration de méthodes de production robotisées, mécanisées et automatisées. Nous ne pouvions pas en faire autant en Roumanie ».

Le concepteur et fabricant d’outillages de presse d’emboutissage dédiés à la réalisation à froid de pièces de structure (châssis, renforts…) développe en complément une nouvelle activité. Il se positionne sur la mise en forme de matériaux par formage à chaud, permettant l’allégement des moyens de transport en vue de réduire les émissions de CO2. Cette diversification s’est accompagnée d’un investissement de 2 millions d’euros, comprenant l’acquisition, en janvier dernier, d’une machine d’emboutissage et le recrutement de huit salariés complétant l’équipe d’une quarantaine de collaborateurs. Rapatriement d’une usine, modernisation de l’outil de production, emploi et réduction des pollutions, Loire Etude coche toutes les cases pour bénéficier des aides du Plan de relance, notamment du fonds de soutien à la modernisation et à la diversification des filières automobile et aéronautique doté de 600 millions d’euros sur trois ans. « Grâce au contact et au conseil de la CCI, nous avons postulé à cette aide et obtenu une subvention de l’État de 800 000 euros », indique Maxence Garson. Loire Etude est ainsi parée pour répondre aux futurs besoins de sa quarantaine de clients implantés dans 15 pays, dont plus de 60 % d’entre eux sont des constructeurs automobiles allemands. En faisant partie des 110 premières entreprises retenues, la PME montre que le Plan de relance n’est pas réservé aux seuls grands groupes.

À LIRE
Le gouvernement publie un guide pratique à destination des commerçants, des restaurateurs et des indépendants pour les accompagner dans la numérisation de leur activité. Sous forme de fiches pratiques téléchargeables, le document recense les conseils et les bonnes pratiques. Autre publication disponible : le guide pour soutenir les entreprises à la reprise d’activité. Régulièrement mis à jour, il rassemble les mesures mobilisables.
economie.gouv.fr
Maxence Garson
directeur général de Loire Etude
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LA RELANCE PAR LA MODERNISATION

« Le webinaire sur le Plan de relance proposé en octobre dernier par la CCI a éveillé notre intérêt sur les dispositifs existants, mais avec un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros je ne pensais pas être la cible, analyse Sébastien Monin, directeur général de Monin Mécanique. Une discussion avec une amie dirigeante d’une petite entreprise a fini par me convaincre. Certains dispositifs peuvent nous aider à garder en ligne de mire nos objectifs, notamment celui de déménager dans une usine plus grande et modernisée afin d’accroître nos capacités de production ». Experte en mécanique de précision, l’entreprise familiale de Rillieux-la-Pape a dû reporter ses projets à cause de la crise ; l’urgence étant la conservation des 40 emplois malgré la baisse de 30 % du chiffre d’affaires sur les six derniers mois.

« L’obtention d’une subvention de 700 000 euros nous permet d’envisager l’avenir plus sereinement et de mettre sur les rails notre vision d’entreprise 2030 visant à transférer notre outil de production, à acheter une machine par an et à embaucher deux salariés annuellement », se félicite Sébastien Monin. La PME espère retrouver sa progression annuelle moyenne de 6 % rapidement.

Cellule d’appui CCI
Accessible par téléphone au 0805 296 000 et par une adresse mail dédiée infos@lyon-metropole.cci.fr, la cellule d’appui permet aux chefs d’entreprise d’obtenir les informations nécessaires sur les mesures de soutien et d’être réorientés rapidement, si besoin, vers un des partenaires du collectif Care.
Sébastien Monin
directeur général de Monin Mécanique
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LA RELANCE PAR LA PERFORMANCE INDUSTRIELLE

Confronté également à un ralentissement de son activité, BG Plastic a souscrit un PGE. « C’est un bol d’air, affirme Mohand Boumertit, le président de cette entreprise d’injection plastique basé à Saint-Laurent-de-Mure. Nous avons investi fortement ces dernières années dans l’agrandissement de nos bâtiments, dans l’achat d’une machine de presse électrique, dans le recrutement de salariés et d’apprentis. Le prêt a permis de payer tout le monde dans les temps et d’aplanir notre trésorerie malgré la baisse avérée du business ».

Mohand Boumertit
président de BG Plastic
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En revanche, du côté de la performance industrielle, ce fabricant de moules plastiques a ressenti, en discutant avec la CCI, la nécessité de mieux tirer profit de ses investissements et d’optimiser la façon de travailler de ses vingt collaborateurs. Autour d’une équipe de six salariés, le gérant s’est donc lancé dans le programme Performance PME ciblé. « Nous profitons de la période pour nous organiser et être prêts au moment du rebond, confie-t-il. Des indicateurs et des outils de management sont mis en place, des formations sont programmées… Tous les secteurs de l’entreprise sont concernés ».

CARE À LA RELANCE
Unique en France, la plateforme Care (Collectif pour l’assistance à la relance des entreprises) lancée au printemps dernier par la CCI et ses partenaires institutionnels et économiques accompagne les entreprises à transformer la reprise de leur activité en rebond pérenne grâce à un accompagnement et des conseils sur mesure. Lors du premier confinement, 20 000 chefs d’entreprise ont utilisé ce dispositif. 0 805 296 000
solutions-care.fr

LA RELANCE PAR LE E-COMMERCE

Quant à la Confiserie des Arcades, elle fait saliver les Stéphanois depuis plus de 60 ans avec ses quelque 1 000 références de chocolats, bonbons à l’ancienne, dragées et autres nougats. Depuis le mois de mars, la gourmandise ne possède plus de frontières avec la mise en ligne d’un site e-commerce. « En un semestre, j’ai rentabilisé l’investissement, se félicite Tristan Thomas, troisième génération à la tête de la boutique. J’ai envoyé mes chocolats aux quatre coins de la France et même jusqu’en Asie ! Cette nouvelle activité m’a permis de ne pas rester dans l’expectative, d’être dans l’action et d’envisager l’avenir. Psychologiquement, c’est important ».

Tristan Thomas
gérant de la Confiserie des Arcades
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Un projet mûri de longs mois avant que le gérant ne se décide à suivre le programme Atout numériques. Un expert CCI en stratégie e-commerce lui a apporté le recul et les connaissances techniques nécessaires à la création d’un site simple, mais efficace, afin de maintenir sans attendre une activité. « Le commerce et le e-commerce sont deux métiers différents, analyse Tristan Thomas. Il ne faut pas se lancer à la légère en croyant à une solution miracle. J’ai consacré du temps à bien comprendre le fonctionnement, le référencement et la relation client, à organiser la gestion quotidienne, les expéditions, le e-marketing, la RGPD… Aujourd’hui, je peux me consacrer à 100 % au business ». Le gérant compte sur les fêtes de Noël pour accroître encore ses ventes avant de se lancer dans une nouvelle version du site plus riche en technologies marketing et logistique.

LA RELANCE PAR LA DIGITALISATION

Autre solution : le click & collect. Véronique Tormen, gérante du restaurant Tablier et Saveurs, travaille à son déploiement. Ouvert en janvier dernier à Villeurbanne, l’établissement a subi les deux confinements de plein fouet. Après une tentative de vente à emporter, jugée non rentable, la cuisinière étudie cette solution avec la CCI. « Un conseiller m’a appelée pour connaître mes besoins, explique-t-elle. Le second rendez-vous a été consacré à la transformation de mon site, la gestion logistique… ». Désormais, la balle est dans son camp pour mitonner des plats traditionnels et lyonnais à réserver puis à retirer dans son restaurant. Peut-être la recette de la relance…

Véronique Tormen
gérante de Tablier et Saveurs
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Contact
0 805 296 000


www.lyon-metropole.cci.fr

QUESTION À…

Patrick Velay, trésorier de l’Ordre des experts-comptables Rhône-Alpes

LE PRET GARANTI PAR L’ÉTAT EST-IL LA BONNE SOLUTION POUR LES ENTREPRISES ?
Les entreprises ont très facilement accès aux PGE sur des montants relativement conséquents. Pour beaucoup d’entre elles, ces prêts d’urgence ont d’abord servi à soulager leur trésorerie et à se prémunir à bas coût contre une baisse d’activité : la première année, elles ne doivent payer qu’un taux d’intérêt proche de 0 % et le prix modique de la garantie. Mais cette dette étant remboursable dans un an, on risque de rencontrer des problèmes si la situation ne se débloque pas. Certaines entreprises ne pourront pas rembourser ce prêt, qui deviendra alors un emprunt classique avec un taux compris entre 1 et 2,5 % sur six ans au maximum. Cela générera donc des échéances supplémentaires à payer.