Entreprise du patrimoine vivant

Le label EPV facilite-t-il le business ?

Publication : N° 9 décembre 2018

La France est riche d’un patrimoine hérité des siècles passés que l’on préserve et que l’on admire. Elle l’est aussi d’un patrimoine vivant, moteur pour l’économie, au travers de sociétés détenant et perpétuant des savoir-faire industriels et artisanaux d’excellence. Éric Boël, des Tissages de Charlieu, et Luce Cornand, de l’entreprise Cornand, témoignent sur les bénéfices du label Entreprise du patrimoine vivant (EPV).

Le 6 décembre dernier s’est tenue une réunion, à la Préfecture de région, au sujet du label Entreprise du patrimoine vivant (EPV) dans l’optique de faire émerger des projets en région. Une démarche qui s’inscrit dans la volonté nationale de développer localement des clubs et des actions avec les EPV afin de mettre en avant leur vitalité. Cette ambition de distinguer, de rendre plus visible et de favoriser la croissance des sociétés remarquables du territoire préside à cette distinction depuis son instauration en 2005. À l’époque, l’importante vague de délocalisations et le durcissement de la concurrence entraînent des risques de ruptures de chaînes de valeur et de pertes de filières. Afin de sauvegarder les savoir-faire et industries françaises et de mieux les faire valoir à l’étranger, l’État crée le label EPV ; il distingue les TPE et PME emblématiques de l’excellence de la fabrication française. Outre une considération, les entreprises récipiendaires peuvent bénéficier d’incitations fiscales spécifiques, telles que le crédit d’impôt apprentissage majoré et le crédit impôt création pour les ouvrages uniques ou en petites séries. Autre avantage : un appui au développement économique avec Business France via des aides individuelles et des actions collectives, comme la présence sur des salons internationaux.

Eric Boël
PDG des Tissages de Charlieu
Charlieu, 42
Luce Cornand
PDG de l'entreprise Cornand
Saint-Etienne, 42

EXIGENCE ET RECONNAISSANCE

Cette marque est délivrée pour 5 ans par la Direction générale des entreprises après une instruction rigoureuse. Les critères à respecter sont assez stricts : existence de minimum 5 ans, détention d’un patrimoine économique spécifique issu de l’expérience manufacturière, mise en œuvre de savoir-faire rares reposant sur la maîtrise de techniques traditionnelles ou de haute technicité et attachement à un territoire. De 100 à 200 dossiers de candidatures sont étudiés à chacune des 10 commissions annuelles et actuellement plus de 1 400 entreprises françaises, des secteurs des métiers d’art, de l’industrie et de la gastronomie, détiennent ce label qui fait aujourd’hui référence dans l’identification de la très haute valeur ajoutée et de l’art de vivre à la française. L’entreprise Cornand, fabricant de pâtes et épicerie fine au cœur de Saint-Étienne, fait partie de cette communauté. « Nous avons le label EPV depuis 2012, c’est une reconnaissance pour notre petite structure de six personnes et un gage de qualité pour nos clients, expose Luce Cornand, troisième génération à la tête de cette PME dont la spécificité est de fabriquer des pâtes en grande partie laminées. Notre travail est essentiellement manuel, nous possédons des machines centenaires, mais nous ne cessons d’innover et avons développé une gamme de 35 saveurs. Je pense que nous sommes les seuls à fabriquer avec cette technique, voilà pourquoi nous avons déposé l’accroche « pâtes haute couture ». Le logo EPV est affiché sur nos emballages, les consommateurs avertis le connaissent, les clients sont réceptifs car ils recherchent du made in France ». Une vision que partage Éric Boël, président des Tissages de Charlieu : « Nous avons le label depuis 2017, année où l’on a enfin pris le taureau par les cornes pour faire la demande. La première raison était de valoriser les 70 salariés, richesse essentielle de l’entreprise, et la deuxième c’est la visibilité. En tant qu’industrie travaillant en BtoB, nous sommes méconnus. Le grand public pense qu’il n’y a plus d’industrie textile en France alors que l’ensemble de la filière représente un million d’emplois. Nous sommes fiers d’avoir préservé nos savoir-faire tout en les développant. Le label symbolise tout cela ».

PRESTIGE ET TRANSMISSION

En parvenant à conjuguer héritage du passé, nouvelles technologies et besoins actuels, les EPV maintiennent leur production en France. L’enjeu est de rester compétitif en se positionnant sur des marchés de niche, sur le secteur haut de gamme et luxe en proposant du sur mesure, du rare, du singulier. Depuis 13 ans, le label renforce l’identité culturelle et économique du made in France réputée et appréciée dans le monde entier. Certaines sociétés en Chine et en Russie, par exemple, exigent désormais ce label de leurs partenaires français. Pour Luce Cornand : « il facilite vraiment l’exportation de nos produits. Nous n’avons pas de commerciaux sur l’international, on nous démarche directement. Nous réalisons 15 % de notre chiffre d’affaires à l’export et notre dernier marché est le Canada. Pour toucher de nouveaux marchés porteurs, nous comptons sur la structure du label pour avoir un coup de pouce sur la communication ». Un rayonnement dont bénéficient aussi Les Tissages de Charlieu : « Aujourd’hui, l’export représente 30 % de notre activité directe. Nos clients commercialisent nos tissus pour l’habillement, l’ameublement et les textiles techniques sur toute la planète. Concrètement, le label est un argument de plus, il renforce la crédibilité. C’est avant tout un symbole dont on ne peut pas précisément quantifier l’impact ». Par ailleurs, Éric Boël est convaincu que le label est un plus pour attirer la jeune génération qui travaille par conviction et non par devoir. « Dans ce monde plus volatile et complexe, il représente des valeurs de conscience professionnelle, de combativité, d’attachement à une histoire, d’esprit d’entreprise », estime-t-il.
Le label EPV parvient ainsi à attirer les talents, tout en participant aux enjeux de transmission et de développement économique. Mais pour Luce Cornand : « Il faut encore améliorer la communication, car tout le monde devrait savoir ce qu’est EPV et toutes les belles maisons portées par des passionnés qu’il englobe ! ». Un effort poursuivi avec « La route des EPV », qui regroupe des visites d’ateliers, d’usines, de showrooms, au cœur d’entreprises aimant partager leur histoire et leur métier.

www.patrimoine-vivant.com

1 400
entreprises françaises labellisées
65 000
emplois
14 MD€
de chiffre d’affaires cumulé Source : rapport d’activité 2017 du label EPV

COMMUNAUTÉ REMARQUABLE

Réunissant 75 entreprises des secteurs textile, mécanique, de l’artisanat et des métiers d’art, la communauté EPV de la Loire et du Rhône est la deuxième plus importante après Paris. Animée par la CCI, elle réfléchit à une démarche d’excellence valorisant son dynamisme et son engagement via 4 axes : l’expérience client, le développement des savoir-faire, l’humain et l’engagement sur le territoire.
Marc Malotaux 04 72 40 57 18

Lire le Grand témoin, Renaud Dutreil, Président de Mirabaud Private Equity.
CCI : Pourquoi avoir créé un fonds dédié aux entreprises du patrimoine vivant ?
Renaud Dutreil : Pour soutenir les savoir-faire d’excellence, en particulier dans l’équipement de la personne. En tant qu’ancien président de LVMH en Amérique du Nord, j’ai vu la puissance de ce secteur...