Lutte contre le coronavirus

Le bel élan de solidarité des entreprises

Publication : N°

Des entreprises locales font preuve de générosité dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. Elles ont réorienté leurs outils de production ou effectué des dons pour répondre à la demande de moyens, tels que les masques de protection et les gels hydroalcooliques.

« Dans cette situation de crise exceptionnelle il en va de notre responsabilité de contribuer de toutes les manières possibles à l'effort collectif », interpelle Christophe Fargier, le PDG des brasseries Ninkasi. Un état d’esprit partagé par un grand nombre d’entreprises qui effectuent des dons ou modifient leur outil de production pour apporter leur pierre à l’édifice dans la lutte contre le Covid-19. Le brasseur lyonnais a mis à disposition, dans sa distillerie de Tarare, plus de 180 lignes d’alcool neutre habituellement nécessaires à la fabrication de gin et de vodka.

Christophe Fargier
PDG des brasseries Ninkasi
LYON, 69

« Nous avons décidé d’arrêter leur production pour donner cette matière première essentielle à la confection de gel hydroalcoolique, poursuit le dirigeant. En une journée, notre stock a été pris d’assaut par les pharmacies. Notre modeste geste va aider le personnel soignant qui en a bien besoin pour se protéger ». Christophe Fargier a aussi fait le tour de ses restaurants, de sa distillerie et de sa brasserie afin de réquisitionner charlottes, sur-chaussures et autres masques disponibles qu’il a mis à disposition de l’Agence régionale de santé. Une initiative que de nombreuses entreprises ont suivie, comme Valentin traiteur, basé à Roanne, avec un don de 1 000 blouses jetables à l’hôpital de Roanne et plus de 300 aux infirmières libérales. Ou encore EMT Emballage situé à Saint-Sauveur-en-Rue dans la Loire : « Nous avons retrouvé 600 masques de type FFP2 dans les réserves de l’usine, que nous avions en 2009 au moment de la grippe aviaire. Nous avons donné cette précieuse trouvaille à la mairie chargée de les dispatcher aux établissements de santé du secteur », indique Arnaud Diday, directeur de l’usine.

Changement de production
En première ligne dans la lutte contre le coronavirus, le corps médical manque en effet des équipements nécessaires pour faire barrière au virus. Dans ce contexte, le fabricant de gel hydroalcoolique Eccsel, basé à Tarare, met les bouchées doubles. Sa production est passée de 5 tonnes mensuelles à 13 tonnes par jour. « Nous ne pouvons pas faire plus, nous avons atteint aujourd’hui notre capacité maximale, analyse Nicolas Forcione, le gérant. Notre ligne de production fonctionne en non-stop ». Les onze salariés sont mobilisés, également, pour la gestion des approvisionnements de matières premières ; les équipes techniques et de la R&D prêtant main-forte à leurs collègues des achats.

 D’autres entreprises ont réorienté leur outil de production
« Sur notre site de Messimy, près de Lyon, nous disposons des équipements et du savoir-faire pharmaceutiques nécessaires à la fabrication en qualité et en quantité, de plusieurs centaines de litres par jour de solution hydroalcoolique, précise Arnaud Delaunay, directeur des Relations extérieures des Laboratoires Boiron. Celle-ci est préparée sur l’une de nos lignes de production selon les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, précisées en annexe de l’arrêté du 6 mars 2020 ». Soit environ 4 500 litres par semaine, conditionnés en trois contenants différents, livrés désormais à l’Établissement français du sang, ainsi qu’aux différents sites de production de Boiron et, à partir de mi-avril, aux pharmaciens d’officine.

Éric Boël,
Gérant de LTC.
Roanne, 42

Pour faire face à la pénurie de masques de protection, une cinquantaine d'entreprises textile de la région ont répondu à l'appel de la Direction générale de l’armement pour la production, en urgence, de cet équipement incontournable. Parmi celles-ci, les Tissages de Charlieu (TLC). La PME a réorienté l’intégralité de son outil de production à la fabrication - 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 - de masques de confinement lavables et réutilisables. Les équipes tournent à plein régime avec une productivité journalière en progression constante. « L’objectif de 100 000 masques par jour a été rapidement atteint et nous faisons notre maximum pour tendre vers 200 000 unités, explique Éric Boël, gérant de LTC. En accord avec nos clients traditionnels, pour lesquels nous fabriquons des tissus techniques, nous avons mis en stand-by toutes leurs commandes pour nous concentrer à 100 % à notre objectif ».
Validé par la Direction générale de l'armement et les autorités de santé, le produit n'est pas constitué de matériaux non tissés, comme les actuels masques de protection, mais de deux couches de coton recyclé et d'une couche molletonnée de polyester texturé. Son usage est donc réservé aux personnes, y compris du secteur médical, non en contact direct avec le virus afin d'allouer les masques de type FFP2 à ceux qui en ont vraiment besoin.

« Nous avons mis au point un masque lavable multicouche, intégrant un filtre en non-tissé, technologie différente de celles des Tissages de Charlieu, explique pour sa part Jean-Charles Potelle, dirigeant de Boldoduc, spécialisé dans le textile technique. Nous espérons produire 50 000 masques par jour ». Un niveau inhabituel pour la PME qui ne peut pas réaliser en interne une partie de la confection.  Elle a décidé de lancer un appel aux bonnes volontés sur les réseaux sociaux. Plus de 400 réponses ont été enregistrées en quelques heures. La plupart de ces volontaires a choisi de verser les 40 centimes par masque à une association caritative plutôt que de percevoir la rémunération.

Autre initiative : celle de Kodev. Spécialisée à l'origine dans la fabrication de linge et de tongs pour les spa, la PME de Saint-Jean-Bonnefonds s'est elle aussi lancée dans la fabrication de masques de protection lavables. En moyenne, il en sort 700 à 1 000 par jour des lignes de production à l’usage des particuliers sur le site sens-nature.com et pour les TPE et PME. « J’ai décidé de réorienter notre production, avant tout pour assurer un emploi à mes salariés plutôt que de les mettre au chômage partiel et d’attendre qu’ils soient payés par l’État. Parallèlement, il y a une vraie demande de la population concernant les masques en tissu. Et d’autant plus aujourd’hui alors que nous allons vraisemblablement vers un port du masque plus systématique, explique Irène Breuil. Depuis le début de notre production le 19 mars, nous avons vendu 50 000 masques, essentiellement à des professionnels qui souhaitent protéger leurs salariés. » termine la dirigeante.

Soutien au personnel soignant

Soutien au personnel soignant
Des initiatives apportent aussi du réconfort  au personnel soignant en leur simplifiant leur quotidien. Be My Home propose des appartements basés à proximité des hôpitaux de Lyon et de Saint-Étienne afin de simplifier l'organisation du quotidien. Le site Gites.fr a décidé de mettre à disposition gratuitement des logements pour les soignants ligériens. D’autres donnent leur temps comme le chef étoilé Christian Têtedoie qui s’est mis aux fourneaux du Centre Léon Bérard et prépare gratuitement des plats équilibrés pour les patients et les soignants. « Avec le confinement et la fermeture de mes établissements, il m’est difficile de rester chez moi sans rien faire, indique le cuisinier. J’ai repris du service pour apporter mon soutien en préparant des menus à partir de produits locaux de qualité. L’amélioration des repas dans les hôpitaux est l’un de mes combats depuis des années ».

Obligés de fermer pour respecter le confinement, des restaurateurs de la Loire, à l’initiative de Chez les fondus, ont eux aussi choisi d'offrir leurs stocks de denrées alimentaires aux personnels soignants et de secours du département. C’est le cas notamment de Pizza Cosy qui a fait don de 2 000 pizzas aux hôpitaux et maisons de retraites, aux pompiers et aux ambulanciers.

F. Mercier, D. Cellier, J. de Sanctis et J. Licata,
Cofondateurs de Pizza Cosy.
SAINT-ETIENNE, 42

Il est impossible d’être exhaustif tant les exemples sont nombreux. Par ces gestes, le tissu économique local exprime sa reconnaissance, son soutien et sa solidarité envers tous ceux qui se mobilisent contre cette pandémie.

Et aussi…
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Fabrication de masques : Laboratoire Pfeffer (prothésiste dentaire basé à Dardilly), Franck Meunier (styliste de Rose Carbone), Esmod,  Kraft Cie, AJ Biais, Tissages de Beaulieu, Ouvry, Netri, Crapouillette, Seynn’Art, Netri, Devernois, Sigvaris, AJ Biais, CV Pack, Boldoduc...
> Dons : Griffe d’or St-Etienne, Fondation OL, Teepy Job, Diatex, CNR, Elior, Ateliers du Haut Forez (AHF), Maison Mons, Boehringer Ingelheim, Global D, ACK...
> Fabrication de gel : Orapi, SNF, Seqens, Alstom, Boehringer Ingelheim, Thimonnier, Labojal,...
> Fabrication d'hygiaphones en plexi, vitres de protection de comptoir : Harlor Plastic, Pacoret Version Originale et Doyouart...
> Coaching : 60000 Rebonds, La Fabrique des Leaders Eclairés, Second Souffle...
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Ludocare se mobilise en développant des modules de soins spécifiques, avec des professionnels de la santé, pour apporter un suivi médical et soulager les parents.
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