Recrutement

Grand témoin Tessa Melkonian

Publication : N° 5 septembre 2017

« Accueillir un nouveau profil est un challenge »

Pourquoi les ETI-PME en croissance ont-elles du mal à recruter ?

Tessa Melkonian : Ce qui est difficile pour ces entreprises, c’est d’attirer les jeunes diplômés qui souhaitent faire leurs armes prioritairement dans un grand groupe car ils sont persuadés que la rémunération et les perspectives de carrières y seront plus importantes. Heureusement, les mentalités évoluent. Les candidats à l’emploi aspirent à une autre relation au travail. Ils veulent du sens, suivre l’impact de leurs actions, accompagner leur mise en œuvre, se rapprocher des organes de décision, quitte à renoncer à un salaire plus attractif. Pour battre en brèche le stéréotype du grand groupe, il est essentiel que les entreprises se fassent connaître, qu’elles soient présentes aux rendez-vous clés comme les journées carrière, les forums… pour offrir des stages, des contrats d’alternance. Cela représente un travail important, requiert en général une structure RH, mais c’est capital.

Tessa Melkonian
Professeur de management à l’emlyon business school

CAREERS FORUM
Chefs d’entreprise et candidats à l’emploi, à vos agendas ! Du 15 au 17 janvier prochains, l’emlyon réunit sur son campus une centaine d’entreprises qui viendront proposer des opportunités de stages, d’emplois, d’alternance, de VIE… Un rendez-vous phare pour rencontrer des profils aux talents et expériences professionnelles variés.

Le programme du Carrers Forum

Les contrats en alternance constituent-ils une bonne solution de recrutement ?

TM : La solution de l’alternance s’avère très positive si et seulement si le poste a été pensé par rapport aux besoins de la structure ainsi qu’à son évolution, et que l’accompagnement de la recrue est suivi. Plus l’alternant est diplômé, plus il faut construire et co-construire l’alternance avec lui, ce qui exige qu’une personne ressource le prenne en charge, et aussi que cette collaboration soit expliquée à l’interne car elle n’est pas toujours bien perçue. Dans le cadre de recrutements classiques pour les postes à responsabilités, les MBA constituent aussi d’excellents candidats pour les ETI-PME en croissance. Très bien formés et en quête de sens dans leurs nouvelles fonctions, ils vont faire profiter leur nouvel employeur d’une solide expérience professionnelle menée parfois à l’international.

Quels sont les écueils à éviter pour réussir ses recrutements ?

TM : A partir du moment où une entreprise connaît une forte croissance, le dirigeant doit être prêt à accueillir des profils différents pour évoluer vers plus de production ou plus d’innovation. Il est essentiel qu’il puisse permettre aux potentiels candidats de se projeter dans leurs évolutions de carrière. Cette montée en compétences doit être acceptée par le corps social, qui doit à son tour pouvoir en bénéficier et monter en expérience et en autonomie. Lorsqu’on embauche de nouveaux profils, c’est toute la structure qui est impactée et qui évolue avec eux. Cela constitue un véritable challenge pour le dirigeant, parfois contraint de reconsidérer des décisions stratégiques. Le niveau de rémunération entre aussi en ligne de compte. Si la PME connaît une forte croissance et qu’elle cherche à intégrer un nouveau profil pour accompagner son développement, il faut qu’elle fasse évoluer sa logique de rémunération. Car perdre un candidat coûte très cher !