GRAND TÉMOIN Philippe Martin

Publication : N° 18 Janvier 2022

« Les PME ont une trésorerie plus abondante qu’avant la crise »

Quel bilan tirez-vous du Prêt garanti par l’État (PGE) ?
Philippe Martin : Le bilan est positif ; les PGE ont atteint leurs cibles. Les défaillances d’entreprise ont reculé de 30 % par rapport à une année normale. Ces affirmations s’appuient sur une étude que nous avons menée et pour laquelle nous avons épluché les comptes bancaires de plus de 100 000 TPE et PME* afin de brosser un état des lieux. Un tiers a souscrit un PGE et 80 % d’entre elles l’ont pris au cours des trois premiers mois de sa mise en place. Environ 40 à 50 % des sommes perçues ont été consommées dans l’année. Le PGE a donc été attribué à des entreprises qui en avaient besoin ; il a globalement été utilisé pour éponger des pertes plutôt que pour financer de l’investissement ou créditer des comptes d’épargne.

 

Comment vont les trésoreries ?
PM : Les PME et TPE disposent d’une trésorerie plus abondante qu’avant la crise. Dans tous les secteurs, moins d’entreprises sont dans une situation que l’on pourrait qualifier de difficile ou très faible par rapport aux quatre mois précédant la pandémie. Le risque d’illiquidité, et donc de forte augmentation des défaillances à court terme, est limité. Au-delà de la situation de trésorerie, l’encours net bancaire donne aussi une indication sur leur risque d’insolvabilité. Celui-ci s’est amélioré en moyenne depuis la fin de l’hiver 2020, mais notre analyse suggère des fortes hétérogénéités qui se sont accrues.

 

Quels sont les secteurs les moins impactés ?
PM : Ce sont les TPE et PME frappées par les restrictions les plus dures ou par des fermetures administratives, installées hors d’Île-de-France, qui s’en sortent le mieux sur le plan financier. Dans l’hôtellerie et la restauration, le nombre de sociétés en bonne santé est en croissance. A contrario, le secteur de la construction voit le nombre de TPE et PME en difficulté en hausse. Ces entreprises n’ont pourtant pas connu de rupture d’activité,  mais elles n’ont pas bénéficié d’aides. De plus, les difficultés de recrutement et le manque de matières premières les touchent particulièrement.

Philippe Martin
Président délégué du Conseil d’analyse économique
LE CAE
Présidé par le Premier ministre, le Conseil d’analyse économique formule des recommandations pour le Gouvernement. Les travaux de ses 15 membres issus du monde académique, économique et de la recherche concourent à la détermination des grandes orientations en matière économique, sociale et environnementale.
cae-eco.fr

Êtes-vous optimiste pour cette nouvelle année ?
PM : Je ne fais pas de la prédiction, mais je demeure confiant pour les prochains mois malgré le risque sanitaire. À chaque vague, la consommation recule de moins en moins. L’actuelle crise n’aura que peu d’impact à la vue des restrictions mises en place. Nous allons assister à un rebond inévitable des défaillances d’entreprise par effet de rattrapage, mais il faut qu’il soit le plus graduel possible. 15 à 25 % des PME-TPE pourraient avoir des difficultés à rembourser leur première échéance. La question sera de savoir si ces entreprises vont générer des revenus suffisants pour pouvoir payer les annuités suivantes alors même que les aides s’éteignent. L’État ne peut pas les protéger indéfiniment.

* TPE et PME possédant un compte au Crédit Mutuel Alliance Fédérale