Grands groupes VS PME

Grand Témoin François Perret

Publication : N° 3 décembre 2016

« Vers un écosystème mutualiste ! »

Pourquoi est-ce important que les PME et les grands groupes nourrissent de bonnes relations ?

François Perret : La mise en contact des entreprises nationales est essentielle pour notre économie, car notre tissu productif est fortement éclaté avec 3 millions de PME. Nous rattrapons notre retard en termes de création d’entreprises depuis une dizaine d’années, mais beaucoup d’entre elles peinent encore dans leur développement. Nos PME n’arrivent pas à dépasser le plafond de verre, celui de l’ETI. L’alliance avec les grands comptes favorise leur croissance et leur permet de se donner davantage de moyens pour grandir et se financer. Aujourd’hui, cette coopération doit répondre à des enjeux d’internationalisation, de co-innovation, de transformation digitale… En France, si l’on veut réussir, nous devons apprendre à chasser en meute, ce qui n’est pas naturel dans notre culture. Mais je crois qu’il y a actuellement une prise de conscience favorisée par la mise en place d’outils et de plateformes collaboratives, comme c’est le cas avec Pacte PME. Par exemple, nous publions sur notre site les annonces de nos 56 grands groupes adhérents en recherche d’une compétence particulière. En moyenne, nous recensons une vingtaine de réponses de PME par demande.

François Perret
Directeur général du Pacte PME

Pacte PME
Cette association nationale cherche à rapprocher les grandes entreprises et les PME. À l’origine, l’objectif était de faire émerger les bonnes pratiques et de les mesurer via un observatoire. Aujourd’hui, l’association se définit moins comme un think tank que comme une boîte à outils orientée vers la montée en compétences des PME.

En quoi cette relation est-elle bénéfique aux grandes entreprises ?

FP : Les grandes entreprises recherchent un savoir-faire précis nécessaire à la réalisation de leur projet. En faisant appel aux PME nationales, elles accèdent à une large palette de talents. En s’assurant que leurs fournisseurs disposent des compétences internes adaptées à leurs besoins, elles peuvent mieux maîtriser leur chaîne de valeur, disposer d’une meilleure qualité d’exécution. Ne pas se préoccuper de ses fournisseurs, c’est mettre en danger son entreprise.

Comment instaurer plus de confiance entre les deux parties ?

FP : La capacité des uns et des autres à construire un dialogue positif suppose une entière confiance entre les parties. Bien sûr, il y a eu, et il y a encore des problèmes, mais il ne faut tomber ni dans le misérabilisme, ni dans l’angélisme : la PME est aujourd’hui regardée comme une opportunité, notamment pour dynamiser la R&D. Dans cette logique, nous avons lancé, le 15 novembre, la plateforme Pacte Compétences. Son principe est de permettre à des grands groupes volontaires de fournir du temps d’expertise à des PME. Il s’agit d’un besoin émanant de dirigeants de petites entreprises, qui recherchent un accompagnement pour construire une vision stratégique et développer des compétences managériales. Nous avons identifié une quinzaine de problématiques pour lesquelles les PME peuvent bénéficier d’un appui, comme le marketing, la communication et le développement à l’international. Sur ce dernier point, nous prévoyons de lancer, dans le courant de l’année prochaine, une plateforme pour stimuler l’export chez les PME. Ce n’est pas du mécénat, c’est du business. Notre rêve, à Pacte PME, est de basculer vers l’étage ultime, celui de l’écosystème mutualiste.