RSE

Grand témoin Alain Mérieux

Publication : N° 12 décembre 2019

« LES ENTREPRISES SAVENT MÊLER EFFICACITÉ ET GÉNÉROSITÉ  ! »

La RSE, un sujet qui vous intéresse ou qui vous indiffère ?
Alain Mérieux : Un sujet majeur. L’évolution de notre société ne peut pas rester ignorée par nos entreprises : le changement climatique, la montée des inégalités, les inquiétudes fortes de la jeunesse et au-delà, le drame de la grande pauvreté. Je suis frappé par la paupérisation d’une partie de la population. Ceux que j’appelle les invisibles, mais qui sont un marqueur fort des dysfonctionnements de notre économie.

Les entreprises ont le devoir, selon vous, de s’emparer de ces questions ?
AM : Absolument. Elles sont bien placées pour agir sur ces situations, qui sont graves à tous les points de vue. D’ailleurs, la nouvelle génération n’a-t-elle pas soif d’autre chose que de réussite économique ? L’heure de la mobilisation est venue. Nous devons contribuer à briser ce cercle vicieux auquel de nombreuses personnes sont confrontées : perte de travail, de logement… et la rue !

C’est le sens du collectif L’Entreprise des possibles, que vous avez lancé il y a 1 an…
AM : L’Entreprise des possibles est une démarche sociétale originale en faveur des sans-abri et des plus fragiles. Elle vise à mobiliser les entreprises de la métropole lyonnaise de toutes tailles et de tous secteurs, ainsi que leurs salariés, pour favoriser la réintégration de personnes qui n’ont plus de toit ou risquent de se retrouver à la rue. Le chiffre est édifiant : il y a aujourd’hui plus de 4 millions de mal-logés en France.

Quel a été l’accueil des entreprises ?
AM : Nous avons d’abord contacté 22 entreprises en tant que membres fondatrices, qui ont toutes répondu positivement et garantissent les fonds nécessaires au fonctionnement de la plateforme. Depuis, d’autres sociétés nous ont rejoints ; nous pouvons aujourd’hui compter sur 28 000 collaborateurs mobilisables dans 37 sociétés.

Comment fonctionne L’Entreprise des possibles et quels sont ses 1ers résultats ?
AM : L’Entreprise des possibles fonctionne globalement sur l’engagement des collaborateurs et sur l’abondement de leur employeur. Par exemple, un collaborateur peut offrir des jours de congés payés. Depuis mai, nous avons collecté 250 jours de congés payés. Cela représente une somme de plus de 110 000 euros, que nous reversons aux associations de solidarité que nous soutenons.
Le collaborateur peut aussi s’engager en tant que bénévole, et là encore sa société abondera en temps supplémentaire. L’entreprise peut aussi choisir de mettre à notre disposition des locaux vacants pour une durée limitée. Le secret, c’est un mélange d’efficacité et de générosité. Je suis frappé de l’accueil positif qui nous est réservé.
Cela témoigne que l’entreprise reste un maillon opérant et légitime de notre pays.

Alain Mérieux
Président de l’Institut Mérieux et fondateur du groupe pharmaceutique Biomérieux
BIOMERIEUX
L’entreprise pointe en 26e position du classement mondial Global 100 de Corporate Knights, qui note les entreprises de plus de 1 milliard de dollars de revenus, les plus responsables du monde. L’an dernier, EcoVadis avait placé bioMérieux dans le 1 % des entreprises mondiales les plus performantes en termes de RSE.