Commerce

Faut-il craindre les places de marché comme Amazon ?

Publication : N° 8 septembre 2018
Bernard Cherqui
Directeur général de Mondial Tissus
Lyon, 69

Dans plusieurs secteurs et pour certains produits, la réponse est bien entendu oui. Mais elle ne s’arrête pas à cette simple affirmation. Directeur général de Mondial Tissus, une start-up lyonnaise de 37 ans d’âge, Bernard Cherqui reconnaît que la puissance logistique, financière et technologique du leader mondial est énorme. « Amazon n’est pas un concurrent direct aujourd’hui, affirme-t-il. Mais nous restons prudents car cette entreprise est capable d’acquérir des savoir-faire dans tous les domaines. Donc, on s’organise et on capitalise sur ce qui continue à faire notre force : la relation humaine ». Confronté à des difficultés dans les années 2000, Mondial Tissus a été racheté par Denis Levy, l’ex-patron de Franprix et de Leader Price, en 2010, ce qui lui a donné une bouffée d’oxygène. Le réseau de magasins a été repensé de A à Z, une supplychain de 10 000 mètres carrés d’entrepôts est venue en renfort, ainsi qu’une direction marketing en quête d’une nouvelle clientèle. La vague du do it yourself a été surfée, ainsi que celle du e-commerce qui représente désormais 4 % d’un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros. « Nous sommes en plein développement de magasins, dont certains en franchise dans le cadre d’un accompagnement avec la CCI, poursuit le dirigeant. Mais l’on ne peut pas dire que notre marché est porteur. Nous le faisons, nous le créons tous les jours. Notre clientèle est omnicanale : elle vient en magasin pour y vivre une fête, elle va sur le site internet et sur nos réseaux sociaux. La clé de notre succès, c’est l’innovation et la modernité ». Pour répondre aux attentes, Mondial Tissus sélectionne son offre avec soins et, par exemple, propose régulièrement des cours de couture en magasins, ce que Bernard Cherqui appelle « l’indispensable relation humaine ».

Plus petit et installé sur un micro marché, Sébastien Traclet, repreneur en 2016 d’une chapellerie centenaire à Roanne, ne vend pas encore ses chapeaux sur des places de marché de e-commerce, mais reconnaît que certains clients lui posent la question. Aujourd’hui, 70 % de son activité provient du site internet développé dès 1995, un positionnement précurseur à l’époque qui porte ses fruits : « Avec internet, notre boutique est devenue mondiale mais cela requiert beaucoup de travail et d’investissement. Sur les 4 salariés, 3 sont dédiés au digital, avec la pression quotidienne d’être bien référencé, de se faire connaître et de garantir une offre unique, tant en termes de qualité que d’originalité ». Sébastien Traclet envoie régulièrement des newsletters à ses clients et a développé un blog au contenu riche. Pour autant, il n’envisage pas de fermer sa boutique roannaise, qu’il considère comme un élément de notoriété et de proximité indispensable pour garantir l’expérience client.

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Commerce - Le roi, c'est moi

Sébastien Traclet
Chapellerie Traclet
Roanne, 42