Lieu de travail / lieu de vie

Être bien pour performer

Publication : N° 11 septembre 2019

Dans les entreprises, ça bouge ! Le bureau fermé et attribué ne fait plus recette auprès d’une nouvelle génération de collaborateurs très soucieuse de sa qualité de vie. La remise à plat des espaces de travail – synonyme d’un meilleur bien-être – induit des process différents, générateurs dTe performance pour les PME.

Trois actifs sur cinq travaillent encore aujourd’hui dans un bureau fermé, selon l’enquête de l’Observatoire Actineo. Pourtant, le poste de travail fixe n’a plus la cote, il est même en voie de ringardisation, bousculé par la nouvelle génération digitale et nomade. Sur le modèle des géants californiens - Google, Yahoo, Amazon - les PME revisitent leurs espaces de bureau : les cloisons tombent et la convivialité est privilégiée. Bienvenue dans le monde du flex office, le Graal des entreprises en matière d’aménagement d’espaces et d’un mode de travail basé sur une organisation plus collaborative. Une révolution à laquelle a succombé PWC Auvergne-Rhône-Alpes, dont les 250 collaborateurs ont investi, au printemps 2018, trois étages à l’Hôtel Dieu de Lyon. « Nos espaces sont totalement décloisonnés et favorisent les échanges, indépendamment des niveaux hiérarchiques, explique Nicolas Brunetaud, responsable de la région Auvergne-Rhône-Alpes Bourgogne. Ce n’est plus le grade qui dicte l’espace mais l’usage ».
Dans la version flex, chaque matin, le salarié sort son ordinateur et ses dossiers d’un casier ; branche son smartphone sur le premier poste libre ; vide les lieux en cas d’absence de plus de 2 heures... et laisse table rase le soir en partant.

Flex
Pas de bureau attitré, voici le principe du flex office, la nouvelle tendance dans les entreprises. Le salarié travaille depuis l’espace le plus adapté à sa mission : un bureau libre, une salle de réunion, la cafétéria, une zone de coworking… Ce mode d’organisation permet de stimuler l’autonomie et la créativité.

Une tendance confirmée par le succès des co-working au sein desquels des entreprises se créent, se développent sur quelques mètres carrés partagés. « Un séisme culturel dans un pays où le bureau individuel symbolise le statut dans l’entreprise, indique Philippe Champion, le président de l’Association des directeurs de l’environnement de travail Auvergne-Rhône- Alpes. On recherche aujourd’hui un environnement proche de celui que l’on a chez soi ».
Désormais, des salons, des espaces de détente, des salles de créativité pour phosphorer ou encore des « boîtes à silence » destinées à se concentrer en toute sérénité fleurissent dans les PME après avoir éclos dans les grands groupes. Par petites touches, l’entreprise mute en lieu de vie, comme l’indique Jacky Beal, gérant de l’agence d’architecture Initium : « La nouvelle génération ne différencie plus la vie personnelle de la vie professionnelle. Les jeunes salariés veulent retrouver les codes de chez eux en entreprise : travailler n’importe où, se détendre, cuisiner un plat et le partager avec les autres… ».

Pour les entreprises, il s’agit aussi de recruter et de garder les talents, notamment parmi les millenials, pour qui la question de la qualité de vie ne se pose pas, mais s’impose.

Jacky Beal
gérant de l’agence d’architecture Initium.
Saint-Étienne, 42

Conséquence : une société plus productive et plus innovante. En effet, selon une étude de l’institut Gallup, l’engagement élevé d’un salarié, lié à son bien-être, augmente de 20 % la productivité et la rentabilité. « Ce n’est vrai que si la conception d’un espace de travail devient un moment de dialogue, de réflexion dans lequel la créativité individuelle et l’intelligence collective s’expriment pour co-construire l’aménagement », souligne Philippe Champion.

D’autant que la mise à niveau génère un coût estimé à environ 2 500 euros par collaborateur et que, rarement philanthrope, le chef d’entreprise veut des gains de performance en retour. « Le management doit évoluer, précise Jacky Beal. Et accepter que le collaborateur puise sa performance dans des pauses, des discussions, un moment de relaxation… ». À Rilleux-la-Pape, Saint-Étienne, Andrézieux-Bouthéon et Villeurbanne, des entreprises ont sauté le pas et adopté le flex office ou le co-working. Chacune, à son niveau, a tiré profit de cette nouvelle ère.

Philippe Champion
président de l’Association des directeurs de l’environnement de travail.
Auvergne-Rhône-Alpes
37 %
des salariés placent l’équilibre vie professionnelle/vie privée comme premier critère de qualité au travail. Source : Malakoff Mederic, 2017.
69 %
Le taux de dirigeants transformant les espaces de travail en vue de réduire leurs coûts.
61 %
La part des salariés en flex office constatant que cela permet de favoriser les rencontres et les synergies. Source : Étude CBRE-Le Moniteur, 2018.