Environnement

Economie circulaire et compétitivité sont-elles compatibles ?

Publication : N° 7 avril 2018

Face à la raréfaction des ressources naturelles et à l’impact sur l’environnement des activités humaines, l’économie circulaire apparaît comme le modèle à suivre pour accéder à un développement durable à tous les niveaux. Moins de gaspillage, plus de recyclage, mais aussi plus d’emplois et d’attractivité pour les territoires, une logique d’écosystème adoptée par Pierre-Gilles Gayet, directeur adjoint du réseau Envie Rhône-Alpes, et Charly Germain, président de Deltalys.

La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 prévoit la mise en place d’une stratégie nationale d’évolution vers l’économie circulaire. Dépassant le modèle linéaire qui consiste à extraire, produire, consommer et jeter, ce fonctionnement se base a contrario sur la consommation sobre des ressources naturelles, impulsant la création de valeur socio-économique et environnementale et non plus celle de déchets. À l’heure où nous bouclons, si la feuille de route sur l’économie circulaire du ministère de la Transition écologique et solidaire n’est pas encore connue, elle semble vouloir mettre en avant quatre thématiques prioritaires : le plastique, la consommation durable, la gestion des déchets au niveau des territoires et la fiscalité.

Pierre-Gilles Gayet,
directeur adjoint du réseau Envie Rhône-Alpes
Lyon, 69

SEPT PILIERS TRANSVERSAUX. Selon l’Ademe, la définition de l’économie circulaire englobe sept piliers : écoconception, écologie industrielle et territoriale, économie de la fonctionnalité, consommation responsable, réemploi, réutilisation et réparation, recyclage et approvisionnement durable. Cette approche repense fondamentalement les modes de production et de consommation. Elle implique une anticipation des contraintes réglementaires, des modifications profondes et complexes des organisations et des processus de production, mais aussi du fonctionnement des entreprises qui doivent s’ouvrir vers l’extérieur pour créer des synergies. Certaines ont toutefois déjà, dans leur ADN, ce modèle circulaire. C’est le cas du réseau Envie qui, depuis plus de 30 ans, collecte, rénove, revend des équipements électriques et électroniques et embauche des personnes éloignées de l’emploi. Ce précurseur de l’économie sociale et circulaire traite un tiers des Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) au niveau national grâce à son maillage de 50 entreprises. « Le réseau est animé par une vocation à la fois sociale, environnementale et économique, avec une stratégie d’ancrage local, expose Pierre-Gilles Gayet, directeur adjoint d’Envie Rhône-Alpes. En 2006, grâce à notre savoir-faire en recyclage, nous nous sommes positionnés sur les appels d’offres des éco-organismes. Il y a une forte concurrence sur la collecte et le recyclage. Nos cinq structures traitent environ 18 000 tonnes de déchets par an et notre expertise est un vrai atout ».

PROXIMITE, VALORISATION ET REPONSE SOCIETALE. Pour ne pas dépendre d’un unique marché, continuer à financer son projet social et rester compétitif, Envie se diversifie et innove en revalorisant le matériel médical. Envie Autonomie Rhône-Alpes récupère du matériel auprès de particuliers et de professionnels, les remet en état, les aseptise et les revend : « Avec cette initiative, nous avons créé une filière qui répond à un besoin. Notre démarche est à la croisée des chemins entre les professionnels, les collectivités, le grand public et les politiques. Nous apportons une réponse sociétale qui a du sens. Cependant, la Sécurité sociale ne pouvant pas rembourser du matériel d’occasion, notre système doit évoluer pour rentrer dans un cycle vertueux. Nous voyons donc d’un œil très favorable la prise en considération de ces questions par le gouvernement ».

LES DECHETS DES UNS DEVIENNENT LES MATIERES PREMIERES DES AUTRES. Une vision que partage Charly Germain, président de Deltalys. Cette start-up créée en 2014 et labellisée Novacité revalorise les gaz de biomasse. « Nous offrons aux industriels des services de filtration de leur biogaz qui sont ensuite réinjectés dans le réseau de gaz naturel ou pour produire de l’électricité, détaille Charly Germain. Pour nous, en participant à l‘émergence des énergies renouvelables, faire bouger les consciences et le cadre réglementaire est essentiel. Il s’agit bien de simplifier les techniques innovantes et d’intégrer l’économie circulaire à tous les niveaux ». En se positionnant sur des procédés de filtration à partir de matériaux biosourcés et de sous-produits industriels non dangereux, Deltalys propose une solution plus économique et plus écologique. Ses fournisseurs de matières premières trouvent ainsi un nouveau débouché et les clients, une solution compétitive et verte. « Notre approche circulaire est bien perçue en externe et porte notre équipe en interne ».

Charly Germain,
président de Deltalys
LYON, 69

S 'ADAPTER POUR RELEVER LES DEFIS. En effet, à l’heure de l’ubérisation, de la durabilité et de la consommation collaborative, la question de l’image et de la philosophie des entreprises est l’un des enjeux que soulève ce nouveau modèle. Autre défi de taille : la maîtrise des coûts, tant sur la hausse des matières premières que sur celle du traitement des déchets et sans doute, de la fiscalité environnementale. D’où la nécessité de transformer les contraintes en opportunités et d’instaurer des échanges vertueux. Comme l’expose Jean-Louis Danjoux, président de la commission Développement durable de la CCI : « Nous favorisons les échanges entre entreprises pour créer des circuits courts de déchets transformés en matières premières. Le recyclage du carton, du papier et du plastique fonctionne déjà et des méthaniseurs devraient voir le jour sur le territoire ». La CCI propose aussi un autodiagnostic en ligne, Opti’flux, une analyse économique et environnementale permettant de mieux gérer les flux de l’entreprise, tandis que la Région et l’Ademe développent des programmes spécifiques. Si changer les méthodes et les rythmes de production va prendre du temps, la mutation semble bel et bien en marche.

660  Md€
d’économie nette de matières premières seraient générés par l’adoption des modèles circulaires. (Fondation Ellen MacArthur, McKinsey)
800 000
le nombre d’emplois estimés de l’économie circulaire.
40 %
de ces emplois sont concentrés dans le traitement des déchets et l’assainissement de l’eau.

Impulsion territoriale

La CCI met l’accent sur la synergie entre les entreprises afin de créer des échanges et des circuits courts. Elle collabore avec les autres acteurs pour identifier des ressources, des besoins, des emplois… afin d’optimiser les rapprochements fructueux, renforcer les filières et l’attractivité locale.
www.lyon-metropole.cci.fr/devdurable

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Lire Le Grand témoin, Ellen MacArthur, navigatrice britannique, fondatrice et présidente de la fondation Ellen MacArthur  : "Une économie qui consomme moins, c'est un futur viable".