Relance

COMMENT TIRER LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRISE ?

Publication : N° 14 septembre 2020

Cette rentrée ne ressemble à nulle autre. Parce qu’il est difficile de pronostiquer une issue à la pandémie, parce que les entreprises ont été bouleversées dans leur fonctionnement et que de nouveaux modes de travail sont apparus, parce que l’économie française, dans son ensemble, veut résister. La plupart des entrepreneurs sont inquiets, mais combatifs, créatifs et dans un dialogue renouvelé avec leurs équipes. Ils vivent cette épreuve comme un accélérateur de transformation. Témoignages.

Quelle forme a pris, prend et prendra la reprise économique ? Voici la question que se posent à peu près tous les Français ! Si le caractère très singulier de la crise actuelle ne prête guère à l’optimisme, l’Insee, très à cheval sur l’objectivité dans ses notes de conjoncture régulières, indique que l’économie française résiste mieux que prévu. Certes, sur l’ensemble du deuxième trimestre, la chute du PIB est conséquente, tandis que les résultats de la seconde moitié de l’année 2020 ne seront pas flamboyants et que les carnets de commandes, en particulier à l’international, sont jugés peu garnis par les entreprises industrielles. En s’appuyant sur les réponses collectées cet été, l’institut estime donc que l’activité en décembre sera entre 1 % et 6 % en deçà de son niveau d’avant-crise. Ces chiffres sont significatifs, mais sans commune mesure avec la perte d’activité connue au printemps. En considérant une hypothèse médiane, le PIB rebondirait d’environ 17 % au troisième trimestre par rapport au deuxième, puis de 3 % au quatrième. Sur l’ensemble de l’année 2020, il diminuerait alors de 10 à 11 % par rapport à 2019. Cette estimation reste bien entendu soumise aux incertitudes liées à la vigueur d’une deuxième vague épidémique sur le territoire.

COTATION
La Banque de France a aménagé sa procédure de cotation pour 2020. Depuis le 8 juillet, elle adresse à chaque dirigeant un mail ou un courrier l’invitant à répondre à un questionnaire en ligne et à communiquer les données qui permettront d’affiner les appréciations et la note.

Alors que les premières marches de la reprise ont pu être gravies assez rapidement, ce sont les dernières qui seront difficiles, notamment pour les secteurs les plus touchés, et dans un contexte de vives inquiétudes en ce qui concerne le commerce mondial. Pour ce qui est de la région Auvergne-Rhône-Alpes, elle est forcément impactée du fait de ses particularités économiques, mais elle abrite aussi des activités peu affectées par la crise et bénéficie d’un tissu productif diversifié perçu comme un atout pour absorber le choc économique dans les trimestres à venir. Elle bénéficie également d’une forme de sagesse dans ses manières de faire et de la capacité de ses acteurs publics à avancer groupés. Preuve en est de la plateforme à la fois digitale, téléphonique et physique, Care, lancée fin mai à Lyon, Saint-Étienne et Roanne par la CCI avec ses partenaires institutionnels et économiques.

CARE : REPARTEZ AVEC DES SOLUTIONS

Ce dispositif unique en France propose à tous les chefs d’entreprise du Rhône et de la Loire un accompagnement, des solutions et des aides pour rebondir. Au printemps et durant l’été, il a été utilisé par plus de 10 000 dirigeants de PME.

Joignables grâce à un numéro de téléphone gratuit, le 0 805 296 000, les conseillers se livrent à un point global de la situation de l’entreprise, de son activité, de ses perspectives et de ses besoins immédiats. Si cela est nécessaire, ils orientent, dans chaque CCI, CMA et Chambre d’Agriculture de la Loire et du Rhône, vers un point d’accueil physique et personnalisé permettant un traitement en profondeur et un accès rapide à des partenaires ou acteurs clés (Direccte, médiateur du crédit, réseaux, CPME, Medef, experts comptables, avocats, Urssaf, collectivités territoriales…). Quant à Care-Event, qui s’est tenu les 28 et 29 septembre, il retransmet aujourd’hui ses conférences sous forme de webinaires pour ceux qui n’ont pas pu les suivre en direct et il s’est révélé un forum d’entraide et d’échange efficace entre entrepreneurs un peu désorientés.

Car cette crise n’a rien de commun avec celles de 1990, 1993, 2000 ou 2008 ! D’abord parce qu’elle coûte la vie à des personnes, qu’elle semble loin d’être terminée, qu’elle oblige chacun à puiser dans ses ressources intimes, qu’elle est planétaire et ultra médiatisée. Dans les entreprises, quelle que soit leur taille, la donne a changé : humaine, relationnelle, organisationnelle. Les dirigeants se retrouvent confrontés à des problématiques nouvelles ; ils sont parfois contraints d’assumer des décisions difficiles et en même temps forcés de donner l’impulsion.

LE WEBINAIRE, C’EST MAGIQUE !
La CCI propose des webinaires pour aider les entreprises à s’adapter et à réagir à la situation économique, dont les taux de participation attestent du besoin en information des entrepreneurs, notamment dans les domaines du marketing-commercial, des finances, du management RH et du numérique. Ces webinaires sont à voir et revoir sur la chaîne YouTube de la CCI. Parmi les thèmes abordés : quels sont les outils pour télétravailler efficacement ? Comment rassurer ses clients et les faire revenir dans son commerce ? Comment développer sa sphère d’influence avec Linkedin ? Pourquoi gérer sa trésorerie en temps de crise ne s’improvise pas ! Au total, une centaine de sujets qui font le tour de questions centrales.

L’IMPULSION FINANCIÈRE

Tous les entrepreneurs ayant vécu une pénurie de liquidités savent mieux que quiconque que la trésorerie est le levier numéro un, ce qui implique de sécuriser les lignes de crédit et de suivre les flux de trésorerie quotidiennement. Sur ce chapitre, l’Etat a plus que joué son rôle : son prêt garanti – le fameux PGE – est un succès qui reste mobilisable par toutes les entreprises jusqu’au 31 décembre prochain. Sa garantie couvre 90 % du montant du prêt pour les entreprises de moins de 5 000 salariés dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1,5 milliard d’euros et de 80 à 70 % pour les sociétés plus grandes. « Il faudra bien entendu rembourser les montants empruntés, indique Hervé Chevalier, gérant d’un bistrot-cave à vins à Saint-Étienne. Mais sans cette bouffée d’oxygène financière, nous ne tiendrons pas ». Ce chef de cuisine ayant officié dans de grandes maisons étoilées a ouvert son affaire il y a deux ans. Contacté par la CCI aux premières heures du confinement, il a été accompagné sur le volet financier : « La fermeture totale de l’établissement a été un choc et très vite, la solitude est devenue pesante. L’appui de la CCI a été précieux ». Hervé Chevalier a reporté le règlement de ses charges sociales et fiscales ; il a obtenu l’aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes à hauteur de 5 000 euros, ainsi que le prêt régional et souscrit un PGE. Au total, l’entrepreneur a emprunté 70 000 euros dans l’idée de s’octroyer le temps nécessaire à la reprise totale de son activité. Il conseille à ceux dont la trésorerie devient tendue de solliciter un conseil extérieur et de réagir sans délai.

Hervé Chevalier
gérant d’un bistrot cave à vins
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1 MD€
Le montant du plan de relance voté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes en juillet. Un effet levier de 3 à 4 milliards d’euros sur deux ans est escompté, ainsi que la sécurisation de 50 000 à 100 000 emplois. 300 M€ ciblent les relocalisations d’activités.
100 MD€
Le montant du plan de relance national pour l’économie, dont 34 milliards à l’industrie et à la compétitivité des entreprises et 30 milliards à la transition écologique.

L’IMPULSION HUMAINE

Outre les milliards engagés pour sauver l’économie, le trait caractéristique le plus marqué de cette crise restera sans nul doute celui d’une présence en pointillé des collaborateurs dans les entreprises, avec des impacts considérables sur les relations humaines et leur gestion. « Nous ne reviendrons pas en arrière, affirme Frédéric Naudin, directeur général d’Ines CRM, éditeur de solutions logicielles pour la performance commerciale. Le télétravail est ancré. Les salariés ont évolué et notre clientèle a changé : elle a appris à travailler à distance et ne s’offusque plus d’une réunion en visioconférence… on signe de nouvelles affaires à distance ».

Frédéric Naudin
directeur général d’Ines CRM
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Pas simple, néanmoins, pour cette entreprise accompagnée dans le cadre du programme Pépite dédié à l’hyper croissance, de trouver les bons timing « maison-bureau », de maintenir le lien social et de manager à distance. « Cela requiert beaucoup d’énergie, poursuit Frédéric Naudin, mais c’est techniquement et humainement réalisable. Je constate même chez certains collaborateurs une productivité meilleure quand ils sont chez eux ». Avec la CCI, il a abordé la question du management de son équipe commerciale, ainsi qu’un volet sur l’optimisation des processus de collaboration à distance. Ouvert aux nouvelles idées, il a instauré des formations en e-learning pour faciliter l’appropriation des logiciels chez ses clients. Mais surtout, il veille aux résultats ! Si la situation ne se durcit pas et que les défaillances d’entreprises n’explosent pas au 4e trimestre, il clôturera l’année sur une hausse de 10 % du chiffre d’affaires.

Françoise Duplan
responsable formation d'Alptis
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Chez Alptis, un groupe de protection sociale né à Lyon qui emploie aujourd’hui 595 personnes, la période du confinement a été mise à profit pour former les collaborateurs. Plus de 1 900 heures ont été dispensées en e-learning et classes virtuelles à l’attention de 160 collaborateurs. « Les retours sont très positifs, note Françoise Duplan, responsable formation du groupe. Les salariés trouvent que cela permet de bien ancrer les acquis, d’avancer à leur rythme, d’être davantage acteur de leur apprentissage. Nous allons certainement reprendre en présentiel sur les modules de développement personnel, mais tous les sujets liés à l’expertise métier, au management ou à la relation client seront désormais déployés à distance. Le gain de temps et l’économie financière sont en outre conséquents ». Alptis n’est pas un cas unique : CCI formation a constaté un boom des formations en ligne, d’autant que l’État prend en charge 100 % des coûts pédagogiques jusqu’au 31 décembre dès lors que l’entreprise a établi une déclaration de chômage partiel. Plébiscitées parmi la centaine de formations à distance du catalogue CCI, celles liées au développement du business.

L’IMPULSION COMMERCIALE

Car la priorité reste évidemment de maintenir un niveau d’affaires suffisant. Bouleversés jusque dans leurs fondamentaux – être ouvert au public – les commerçants ont trouvé dans cette crise, matière à se renouveler, à changer les habitudes, à sortir de la zone de confort. Récent propriétaire d’un bar-tabac à Saint-Étienne, le Purple Café, Jorge de Sa ne s’est pas accordé le moindre répit depuis le 14 mars : il a d’abord suivi un enseignement en e-learning pour buraliste puis s’est lancé dans des travaux pour moderniser et agencer son point de vente. « Un audit de la CCI m’a permis de bien dimensionner mon projet, de mieux connaître ma zone de chalandise et de décider des produits et services additionnels que je pouvais proposer à ma clientèle, explique-t-il. J’ai été informé, également, sur la subvention du programme national de transformation des buralistes ». Depuis juin, alors que les travaux sont en cours, le nombre de clients augmente chaque jour et les idées continuent à fuser dans la tête de ce commerçant passionné de course à pied et de cyclisme.

Kevin et Jorge de Sa
propriétaires du Purple Café
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Frédéric Fontaine
entreprise Aquasport Concept
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Sportif, lui aussi, Frédéric Fontaine a saisi la balle au bond du confinement pour se lancer dans le e-commerce. Un mail de la CCI intitulé « Ne restez pas seul » a fonctionné comme un électrochoc pour ce fondateur de la société Aquasport Concept, basée à Roanne : « Je me suis immédiatement inscrit au programme Atouts Numériques dans l’idée de concevoir un site de vente en ligne et d’accroître mon business de fabrication et commercialisation d’appareils dédiés à l’aquagym ». De la prise de décision à la réalisation, trois petites semaines ont suffi : design, référencement et premières ventes  !  Ce site est un pas de géant en avant pour Aquasport Concept, aujourd’hui visible bien au-delà de son premier cercle de clientèle.

La solitude du dirigeant, les créatrices de HDA (Histoires d’anniversaire) l’ont, elles aussi, perçu avec tant de force qu’elles ont sollicité le Mentorat d’entrepreneurs. « Notre mentor, un ex-dirigeant aujourd’hui à la retraite, nous accompagne pour faire progresser notre entreprise, explique Sophie de Chassey. Nous avons des réunions régulières pour échanger sur nos problèmes du moment, nos questionnements, nos projets… Il nous fait réfléchir sur notre positionnement et nous aide à poser notre discours ». Ce parrainage est aussi une porte ouverte sur un réseau de mentors bienveillants et à l’écoute. « C’est rassurant d’être écouté et encouragé ; cela évite aussi quelques erreurs », poursuit la jeune femme. Avec son associée, Marianne Labussière, elle intègre en cette rentrée deux autres programmes de la CCI, Top Compétitivité et Top Numérique.

Sophie de Chassey et Marianne Labussière
créatrices de HDA
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L’IMPULSION CRÉATIVE

Leur objectif ? Considérer l’avenir sous un angle positif, ce qui est aussi le moteur des deux jeunes fondateurs de Revcoo, Hugo Lucas et Paul Taton, âgés de 28 et 25 ans, diplômés de grandes écoles et nés avec la quatrième révolution industrielle. Déjà locataires de ce monde d’après que les anciens dissertent à foison et en phase avec leurs convictions, ils imaginent actuellement un système de captation de CO2 permettant aux industriels de réduire leurs émissions sans modifier le process de production. Leur technologie de capture par cryogénie récupère le CO2 directement en sortie des cheminées afin de l’envoyer en filière de valorisation, par exemple dans les secteurs agricole, pharmaceutique ou de l’agroalimentaire. Le business modèle table sur un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros dans 5 ans et sur la création de 5 emplois dans les 2 années à venir. Accompagnés par la CCI en tant que futur Novacité, les jeunes businessmen sont en pleine levée de fonds auprès de la Frenchtech, de la Région et de Bpifrance. « Nous avons besoin de 170 000 euros à court terme pour développer le prototype, explique Hugo Lucas, sachant que notre modèle économique est basé sur le tonnage de CO2 que nous serons capables de capter et de revendre, dans une fourchette de 400 à 1 000 euros la tonne selon les usages ». Au total, quelque 130 sites industriels en Auvergne-Rhône-Alpes sont susceptibles d’être intéressés. Hugo Lucas et Paul Taton sont fiers de diriger une entreprise qui contribue, à son échelle, à relever l’un des défis majeurs de la planète, celui du réchauffement climatique. Ils voient loin et sont bien ancrés dans leur territoire de proximité, prêts à relever tous les défis qui se présenteront !

CONTACT 
04 72 40 58 58

www.lyon-metropole.cci.fr

FRENCHTECH
1,2 Md€ est débloqué par l’État pour les startups technologiques afin de faire face à la crise, financer leur innovation, soutenir l’emploi dans ces secteurs et numériser L’économie.
bpifrance.fr
Hugo Lucas et Paul Taton
créateurs de Revcoo
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